18.12.2007
[Rubaïyat]
Mon départ rendra-t-il leur majesté plus grande ?
Je n’ai jamais appris de personne pourquoi
Je suis venu, pourquoi je dois quitter ce monde.
Omar Khayyâm, Quatrains
Les roses et le pré réjouissent la terre.
Profite de l’instant : le temps n’est que poussière.
Bois du vin et cueille des roses, échanson,
Car déjà, sous tes yeux, roses et pré s’altèrent.
*
Mon amour – qui me rend, à en mourir, malade –
Est lui-même tombé malade, à en mourir.
Comment puis-je espérer arriver à guérir,
Quand c’est mon médecin qui est tombé malade ?
*
Le Ciel ne fait fleurir la rose que par feinte :
Pour la mieux effeuiller et noyer dans le sol.
Donc, le nuage, qui aspire son empreinte,
Fera pleuvoir le sang de nos amours défuntes.
*
Mon ivresse exagère et mon chagrin s’épanche.
Je suis heureux, vois-tu, malgré ma tête blanche,
En regardant ton grain de beauté. Ta fraîcheur
Appelle ma vieillesse au printemps de mon cœur.
*
Ce monde déclinant me paraît un désert.
C’est donc l’ivresse et le déclin que je préfère.
*
Chaque jour, la rosée imprègne la tulipe
Et la violette cède sous les gouttes d’eau.
Mais je dois avouer que, pour moi, rien ne vaut
La rose et ses pétales chastes qui palpitent.
*
Si je pouvais être le maître, comme Dieu,
Je saurais démonter le ciel au beau milieu.
Et je ferais alors, au milieu des étoiles,
Un autre ciel, où l’homme atteindrait tous ses voeux.
*
Venus purs du néant, nous en partons impurs.
Venus heureux, nous repartons pleins de misère.
L’eau des pleurs dans les yeux, au coeur un feu obscur,
Nous rendons l’âme à l’air et mourons dans la terre.
22:15 Publié dans Fragments étrangers | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : poésie, Khayyâm


