13.01.2007
[Mémoire morte]
Radio libre campus. Mise en conformité de ma personne avec les exigences de la théorie du signal, etc. Je m’enlise dans un état de congestion mentale de premier ordre, un bordel de plus en plus intense au fur et à mesure que j’avance dans mes révisions de partiels. La situation est proprement critique. L'espace local se mue en blockhaus. La suraccumulation des concepts, des chiffres et des graphiques prive ces derniers de toute synergie. Les idées bouillonnent, fusionnent, fuient, crépitent, se brouillent, interfèrent les unes avec les autres et finalement parasitent les axones pour plonger les neurones dans une magistrale cacophonie. Je risque de connaître lors de mes épreuves le silence hyperactif et hautement paradoxal du bruit blanc.
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02.06.2006
[Froids équateurs]
Je ne sais pas si c’est ce temps hivernal de juin, mais il y a quelque chose de pourri dans l’air, comme si tout ce gris qui a contaminé les choses annonçait un désastre à venir, une petite apocalypse qui se concentrerait sur ma seule personne. Cette pesanteur comme pleine de retombées radioactives semble être un signe. Cet enchaînement d’événements ne peut être qu’une convergence de catastrophes. Pourtant les catastrophes ne manquent pas actuellement, il suffit d’allumer la télé pour voir en Indonésie les victimes du séisme. L’imminente tragédie que je pressens me concernerait uniquement. Je suis à l’aube d’un truc sévèrement intense et qui me prendra comme cible, voilà ce que je décrypte de ce chaos météorologique et existentiel. Pour l’heure, les éléments se promènent devant mes yeux sans que je ne perçoive l’issue de leur danse. J’ai pleinement conscience que deux particules suffisent à générer une réaction en chaîne.
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14.05.2006
[Dernière semaine pressurisée]
Les jours continuent de se rallonger et ma tête est censée rester plantée devant des pages entières où se trouve disséqué l’échange interindustriel alors que, triomphant du béton urbain, fleurit dehors une verdure toujours plus intense. L’air lourd de ma chambre gonfle le désir de mettre mes capacités mentales à la disposition du seul processus créatif qui me préoccupe. Il me faut écrire comme pour noircir cette arrogante luminosité qui s’ébat derrière la vitre.
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14.04.2006
[L’art abstrait des équations]
J’amorce de sombres jours. Les deux prochaines semaines, ces petites vacances offertes inespérément par l’Administration universitaire, je vais les vivre bien amèrement. J’ai élaboré un modus operandi de style de vie à la limite du Possible. Je me lèverai et j’attaquerai tout de suite mes révisions de concours. J’irai me coucher lorsque la fatigue m’empêchera de continuer à lire, lorsque les mots et les fractions numériques se mélangeront et se brouilleront définitivement en d’indescriptibles formes, patchworks surprenants de couleurs en mouvement s’inspirant des peintures de Kandinsky. Réduire les sorties. Repousser les soirées, mais pas trop, afin de ne pas essuyer une dépression quelques jours avant l'occurrence des dits concours. La caféine, comme petite drogue douce pour maintenir les neurones en état permanent d’électrocution. Le travail de taupe commence sérieusement, plongée terminale dans la masse de manuels et de cours accumulés depuis deux ans. J'ai déjà sélectionné quelques disques instrumentaux calmes pour la bande-son de ces révisions hard.
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04.03.2006
[Perception-consommation]
Le ciel atteint d’une si particulière leucémie s’effrite et contamine les choses noyées dans leurs fluides hertziens. Les arbres se couvrent à nouveau de blanc. La ville s’est réfugiée dans le silence. Il me semble être revenu quelques mois en arrière. La neige altère tout autant le temps que l’espace. Je m’amuse à couvrir la vitre de buée en observant le paysage urbain. La couleur proliférante opère sur mon mental une forme saine de décompression.
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24.11.2005
[Froid tropique]
Cette soirée finit sur une légère touche de féerie alors que je commence à me demander si tout ça ne va pas demain m’être quelque peu désagréable pour mes trajets sur le territoire urbain. De la neige tombe du ciel, quelque peu synthétique, semblable à celle des productions hollywoodiennes. C’est dingue comme lorsque je pense m’être débarrassé de mon âme de gosse celle-ci revient au galop. J’observe les flocons tomber en suivant une trajectoire de chute joyeusement aléatoire. Ils plongent vers la perte de leur unicité. La neige recouvre d’un blanc fragile le corps plein de la réalité. Je réadapte ma perception de l’ensemble. La vérité est une manne : la vie n’est qu’une affreuse simulation. Mes sens sont surexcités. Il y a comme une humeur dans l’air, une humeur que je n’arrive pas à distinguer, mais elle est là et me contamine.
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16.11.2005
[Pause/reprise]
Se retrouver dans un état d’extrême secousse, éclaircie d’irréalité, avec dans un coin de soi-même des morceaux du monde réel.
Artaud, le Pèse-Nerfs.
Oui, j’en étais resté là, aux lumières urbaines, mais à présent je m’extrais du contexte des pulsions de violences qui s’expriment en décélération dans les banlieues, surfaces interlopes résultant des politiques enchaînées depuis une vingtaine d’années dans le vide et la médiocrité. Je m’extrais de ça, j’évacue tous les miasmes médiatiques pour réintégrer ma propre réalité. Bande-son urbaine composée par 1°) la rage motorisée des véhicules sur l’asphalte hurlant 2°) des murmures plus qu’étouffés, parmi lesquels je devine aisément quelques résidus échappés de simulations télévisuelles 3°) l’écoulement du vent entre les édifices de béton 4°) limité à la pièce, Twoism en fond sonore. La nuit est tombée sur la ville et seules les lumières semblent mouvantes dans ce paysage d’inertie. Ce soir je dois bosser, en haut débit je dirais. Je crois que c’est un bon choix stratégique, surtout si je veux profiter la tête libre des soirées de fin de semaine. Yeah baby.
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01.11.2005
[Terminaison en mode mineur]
Seul un disque de dub viennois en lecture numérique participe au design sonore de la pièce. Tout le reste demeure silencieux, comme la ville sur laquelle donne ma fenêtre. La lumière automnale s’infiltre timidement dans ma chambre, bien trop faible pour me stimuler. Le temps passe et je retrouve peu à peu des idées claires, ainsi que quelques fragments de souvenirs. Je suis lessivé de cette nuit, complètement plongé en zone de turbulence. Là j’esquive de puissantes pulsions de sommeil via renfort du café consommé en masse. De part et d’autre de mon corps je perçois encore la douce anesthésie éthylique s’évacuant par lente dilution, remplacée graduellement par le désir de dormir une poignée d’heures, juste un nombre suffisant pour retrouver une plus grande forme. Mon regard enregistre l’existence de menus petits travaux à faire pour demain et dans un coin de mon cerveau s’est gravé l’hologramme d’une dissertation d’histoire économique à actualiser sur une dizaine de pages. Je vais devoir faire fonctionner ma pensée en mode lourd par décharges disruptives et pour ça je compte hautement sur la caféine, ma petite drogue quotidienne.
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26.10.2005
[Besoin d'oxygène]
J’ai désiré absorber tout le mal qui s’exprimait en ma proximité. J’ai tant voulu ne pas rentrer dans le jeu pervers dans lequel la réalité m’imposait une introduction si naturelle, qu’aujourd’hui je recrache toute cette haine gardée jusqu’alors brute en moi, je la vomis pour anéantir toutes les souffrances qu’elle m’apportait. A présent je suis si las de ce monde, si las de ce que gosse plein de rêves je croyais être son essence, une plénitude consommée sans fin, que je peux désormais atteindre un nouveau point de perception par lequel tout ce qui existe m’apparaît autrement, sous un angle de vue étonnamment vierge de toute opacité. Ma maturité ne peut finalement être que ça : la prise de conscience que tout ce chaos n’est pas une perturbation du monde, mais qu’il est au fond sa substance même. Toute cette lumière qui perfectionnait mes désirs n’était qu’aveuglement, les derniers feux d’un univers en surchauffe. Je brûlais, je brûle dans mon aveuglement.
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22.10.2005
[Météo transhumaine]
Considérations sollersiennes. Voilà un petit temps de merde pour finaliser ce qui fut pour moi une sale semaine. Les éclairs strient la grosse masse noire ceignant la ville. Cela semble momentané. Les décharges électriques s’exécutent brutalement en un balai déstructuré. La chorégraphie des éléments ne suit aucune logique et s’improvise en franchissant le seuil de dangerosité. Ça m’effraie salement. Putain, j’ai le sentiment que les tripodes vont débarquer à tout instant.
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