12.11.2006

[Omphalos]

       Ce que je dis gicle de mes entrailles cancéreuses, autopsie du cadavre exsangue, ce que je dis, ce que je dis, Dieu me le souffle à mesure, cri et chant de détresse qui tiendrait en entier dans un crachat de vitriol, crachat de muqueuses arraché dans un dernier hoquet d’impuissance aux poumons caverneux du globe bacillaire, crachat de sulfure et de pisse croupie, crachat du monde coxalgique gémissant dans la gélatine blanche de son cauchemar volumineux. Dieu crache en permanence par ma bouche profane et il en sera ainsi jusqu’à la fin des temps. Nous nous embrassons tous deux, lèvres jointes, nos langues mélangées. Et je bois ta salive, ô doux Sauveur ! Nous nous tenons enlacés comme un couple obscène aux carrefours des impasses humaines, Toi et Moi. Nos corps en feu. Dans le ravissement. Nous aimant à mourir et déjà par-delà la mort. Ivres de notre extase. Je crie comme un somnambule de la peur, debout jusqu’au petit matin de la résurrection.
       Louis Calaferte, Septentrion.

Commentaires

c'est dommage de ne sélectionner qu'un si court et si peu représentatif extrait de "Septentrion", rien n'est à jeter dans ce fleuve festif.

Ecrit par : gmc | 13.11.2006

En tout cas, cet extrait respire la joie de vivre...

Ecrit par : Voiker | 13.11.2006

voiker,
lis OBJECTIVEMENT le texte - c'est-à-dire en ôtant les projections subjectives que TON regard attribue à la valeur émotionnelle(pour toi seulement) de chaque mot - et tu verras que c'est un chant de joie, tout Septentrion est sur ce rythme d'ailleurs, c'est un réel monument, un de ces chants que l'on entend que trop peu souvent.
commence par virer tout le négatif que tu prêtes - sans savoir, sans connaître et par pure ignorance - au mot "mort" (remplace-le par "vie" au besoin, remplace "cadavre" par "corps vivant", etc...) et tu pourras le constater.

Ecrit par : gmc | 13.11.2006

tiens, voiker, enjoy it!

ODE A MON FRERE

Dans la bouillie sanguinolente qui suinte de mes pores, je me vautre dans un magma déliquescent d'ordures en tous genres, piochant de mon groin dans la fange nauséabonde, me vautrant dans les déjections purulentes, essuyant la bave pestilentielle qui coule de ce caniveau édenté qui me sert de bouche d'égout. Les miasmes abondent dans ce tronc vénéneux où les escarres et les oedèmes rivalisent dans la joyeuseté des gerçures buboniques. Dans mes oreilles, les mouches vertes pondent leurs oeufs qui deviendront vers et continueront le lent ouvrage de mastication de ces chairs sclérosées et noirâtres. Des pourceaux ravagent mes neurones désséchés et dans les synapses ravageuses des champignons spongiformes pourrissent lentement, moisissure putréfiante qui forme un tapis de mousses verdâtres sur lequel s'ébattent des démons insomniaques, créatures sans pitié baisant des femelles de chiens dont les défécations encombrent jour et nuit mes glauques journées d'obésité castratoire. Je jouis de ce potentiel hallucinant que j'ai de pouvoir m'allonger au milieu de tous ces colombins et de ces résidus menstruels qui, mélangés aux restes placentaires que je récolte de temps à autre, me font d'admirables sandwichs. Quel pied de s'émanciper de ce confort petit-bourgeois hygiéniste! Quel orgasme de pouvoir se rouler dans ces boues à l'oxyde de plomb! Viens donc me rejoindre, mon frère, quitte donc tes palais, tes voitures, ta télévision et plonge avec moi dans les bassins envoûtants de l'ordure, dans les fosses à lisier de la civilisation, dans le purin des étables de la modernité. Après ces charognes et délices vermifugés, tu comprendras mieux le sens du mot catharsis.

Ecrit par : gmc | 13.11.2006

Désolé,
je suis en train de lire du Herman Hesse en ce moment, et ça cadre pas avec la direction spirituelle de beauté et d'élévation de l'homme que j'y goute. Je suis las en ce moment de devoir inlassablement faire des exercices pour lire des textes aux degrés inversés, de devoir imaginer un chien quand on parle d'un chat.

Je pourrais te retourner finalement ta remarque sur la manière de lire ma phrase; "En tout cas, cet extrait respire la joie de vivre..." regarde comme les trois petits points ont induits en toi le fait que j'étais ironique et pensais le contraire. Peut-être aurais-tu pu lire le sens que tu souhaites toi y entrevoir; l'extrait de Skam respire effectivement la joie de vivre: ton regard n'est-il pas non plus autant subjectif que le mien ?

Ecrit par : Voiker | 14.11.2006

voiker,
gmc s'en fout, il s'amuse, pourquoi trois points devraient-ils signifier que tu penses le contraire? (gmc aurait plutôt tendance à leur attribuer subjectivement un feeling dubitatif) un point d'exclamation - voire deux ou trois - ferait tout aussi bien l'affaire, non?
pour le reste, un chien et un chat sont-ils deux animaux ou la pensée de deux animaux?

(le texte qui suit t'est adressé par pur prétexte)

Ecrit par : gmc | 14.11.2006

On s'amuse tous, GMC.
Avant de mourir.
C'est peut-être pour ça que j'essaye de m'amuser sérieusement, d'ailleurs.

Ecrit par : Voiker | 14.11.2006

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