28.09.2006
[Sodium]
Calcinant tout entier l’exquis désir
Pulsé par les artères dénudées,
L’extrême clarté afflue dans nos rêves
Et les émiette en atroces éclats.
La douleur jusqu’alors contenue perce
L’âme et brûle nos pores étouffés.
Nous dérivons pulvérisés, sans souffle,
Dans les limbes froids du vaste Néant.
22:00 Publié dans Poésie d'asphalte | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.09.2006
[Pièces]
La masse asphyxie les canaux de transmission
Avec un bruit et une fureur métalliques.
Les hélicoptères survolent les épaves,
Les pales hurlantes, objets de violents spasmes.
La mort accidentelle s’approprie les angles
Formés par l’amalgame des corps et des lames.
Des anges extraient la chair des fumants décombres
De l’obscène oraison à la technologie.
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25.09.2006
[Les anges exterminateurs]
L’image se dégage des déchets vidéo.
La chair mouvante alimente ses ondulations
Des criardes obsessions en fluide suspension
Au fond des yeux plaqués sur l’écran, jouet porno.
Tout le monde est branché sur les médias. Beaucoup savent qu’après avoir effectué quelques "essais érotiques", le cinéaste Jean-Claude Brisseau se retrouva accusé d’abus sexuels par deux des comédiennes. Jugé coupable, il décide alors d’utiliser cet épisode pour en faire un film, ce qui donne le biopic vaguement fictif les Anges exterminateurs, à travers lequel il donne sa vision des événements, prend sa propre défense en mains, caméra au poing. Au sein de chaque image de cette hagiographique plaidoirie s’agite donc l’ego de Brisseau, tout entier plongé dans l’ambivalence, à la fois déplaisant et attrayant. Et lorsque l’objet cinématographique s’écarte du narcissisme de son réalisateur, c’est pour se saturer du corps féminin. Les ailes du désir sont dépecées, déchirées. La matière filmique se laisse pénétrer par les phantasmes avant que le principe de réalité ne reprenne le dessus avec douleur. Les corps déchargent les transgressions sur la pellicule. Les machines désirantes s’exposent moites, se dénudent jusqu’au ridicule, jouissent ou simulent la jouissance sous l’œil pervers de la caméra. Les séquences se suivent, alternant lapdance grotesque, masturbations clitoridiennes et caresses saphiques, fragments d’un film en germination à l’intérieur du film. Les relations frictionnelles entre les personnages mis à nu s’exercent captivantes, puis enflent nauséeuses. Les Anges exterminateurs est un film ambigu, tant dans sa réflexion, ses intentions, que dans son résultat visuel. Il est crade, déplaisant par certains abords, mais il n’en reste pas moins valable et est de loin supérieur à pas mal de saloperies à l’affiche.
23:00 Publié dans Art brut consommé | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
23.09.2006
[Contraction de la lutte]
Percevoir l’acte d’écrire comme s’il n’était que la manifestation en surface d’une sécrétion organique entraînant une addiction, une adrénaline aux propriétés cocaïnomanes, fluide et brute, emplissant toute la matière charnelle en empruntant les canaux creusés par les nerfs et les veines. Agent contaminant, le Verbe est à la fois message neuronal, oxygène et hémoglobine. Il est le sang et le vampire qui l’absorbe, la pensée et son antiforme entropique. Un livre est semblable à un quasar, c'est-à-dire un paradoxe astral, simultanément sombre et éblouissant, hautement lumineux et incrusté d’un trou noir. Il ne peut être création que dans la mesure où il implique une destruction. En l’occurrence, la destruction de son auteur.
Eprouver l’activité de sa conscience comme une série de cassures.
Les pages d’un roman déflagrent dans une explosion cosmique, un tsim-tsoum cristallisant la réalité. La narration ne s’éclot et s’organise pleinement que lorsque l’écrivain se dissout, aspiré par l’espace offert, ramené toute entier dans les limbes de l’invisible. L’auteur se retrouve alors contenu derrière les mots, en évolution souterraine, comme si cette déréalisation était la condition d’exercice du processus démiurgique. Et sa seule technologie apparente, la seule terminaison observable de sa présence en négatif, se trouve être le narrateur.
21:00 Publié dans Exercices négatifs | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
22.09.2006
[Barkhane impactée]
La plage ouvre et dilate d’obscènes blessures.
L’océan se vaporise dans la chaleur
Des pulsions en folle effloraison incendiaire
Qu’exhibent les chevelures et corps iodés.
Vagues orageuses d’un désir s’incarnant
Confusément dans une ombre discontinue,
Des fragments incarnats de lèvres collisionnent
En douceur sur les visages nimbés d’extase.
Ils intoxiquent, incisent la chair troublée
En y faisant pénétrer l’ivresse attigée.
Les suaves promesses savamment échangées
Dessablent la scène aux dunes atomisées.
22:23 Publié dans Poésie d'asphalte | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
21.09.2006
[Le désespéré]
J’espère aussi que ce sera la fin des fins, - continua Marchenoir, s’exaspérant de plus en plus, - car il n’est pas possible de supposer le proconsulat d’une vidange humaine qui vous surpasserait en infection, sans conjecturer, du même coup, l’apoplexie de l’humanité. En ce jour, peut-être, le Seigneur Dieu se repentira, - comme pour Sodome, - et redescendra, sans doute, enfin ! du fond de son ciel, dans la suffocante buée de notre planète, pour incendier, une bonne fois, tous nos pourrissoirs. Les anges exterminateurs s’enfuiront au fond des soleils, pour ne pas s’exterminer eux-mêmes du dégoût de nous voir fuir, et les chevaux de l’Apocalypse, à l’apparition de notre dernière ordure, se renverseront dans les espaces, en hennissant de la terreur d’y contaminer leurs paturons !
Le Désespéré continue de me travailler intérieurement. Certaines pages brûlent encore tout particulièrement dans ma mémoire. Comme le dit Philippe Muray dans le second volume de ses Exorcismes spirituels, il s’agit d’une épopée « du roman en train de raconter comment les romans et les romanciers sont systématiquement défaits par les défenseurs et les approuveurs de la société ». Autant le dire dès maintenant, Léon Bloy est ce que l’on désigne encore de nos jours par le terme, ô combien accommodant, de réactionnaire.
Ce roman, aux indéniables soubassements autobiographiques, raconte l’histoire de Caïn Marchenoir, un pamphlétaire dont la franchise et la verve agitent nerveusement le milieu des écrivains. Ce personnage central n’hésite pas à maltraiter ce monde littéraire qui ne lui inspire qu’une tenace aversion. « Pour vivre de sa plume, il faut une certaine largeur d’humanité, une acceptation des formes à la mode et des préjugés reçus », choses dont Marchenoir est totalement dénué. Ses prises de position, son refus à tout compromis et sa misanthropie le condamnent à l’insuccès public et à une existence miséreuse. « La gloire aux mains pleines d’or ne venait pas. Elle se prostituait dans les pissotières du journalisme. » Auréolé d’un inaltérable mysticisme, il est l’« un de ces désespérés sublimes qui jettent leur cœur dans le ciel, comme un naufragé lancerait toute sa fortune dans l’océan pour ne pas sombrer tout à fait, avant d’avoir au moins entrevu le rivage. » La mort de son père l’incite à s’exiler un temps à la Grande Chartreuse en croyant pouvoir dissoudre ses tourments intérieurs dans la quiétude monastique, avant de rejoindre sa compagne, une ancienne prostituée sauvée par la foi.
Si vous avez besoin de Mon Fils,
cherchez-Le dans les ordures.
Redonnant voix à un christianisme particulier, celui des catacombes, Marchenoir s’impose comme le double narratif de Léon Bloy, son avatar fictionnel. « Il rêvait d’être le Champollion des événements historiques envisagés comme les hiéroglyphes divins d’une révélation par les symboles, corroborative de l’autre Révélation. » Bloy cherchait à décrypter le chaos de notre quotidien, il voulait en rendre visible l’essentielle signification, saisir ce sens qui ne cesse de s’échapper. Les événements ponctuant l’existence sont ainsi des signes dont il faut mener rigoureusement l’examen critique, l’herméneutique clinique. Le monde et la littérature qui lui étaient contemporains n’échappaient nullement à cette continuelle dissection. Ils étaient dépecés jusqu’à ce que leur hideur intime soit révélée. Le Désespéré, romanesque exégèse des lieux communs, est un récit amer, pénétré de toute la nausée qu’inspirait à Bloy la France de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, la « Fille aînée de l’Eglise, devenue la Salope du monde », et tout particulièrement l’avilissement de l’art, symptôme de la dégénérescence bourgeoise de la société.
L’histoire, quelque peu erratique, est empreinte d’un climat qui n’est pas sans rappeler certains romans de Bernanos. Ce n’est pourtant pas elle qui porte l’ouvrage vers ses sommets. L’intrigue pourrait, tout compte fait, n’être pour Bloy qu’un prétexte afin de faire éclore de phénoménales digressions, des espaces corrosifs où il envoie son époque s’abîmer, la juge, la mutile, en irradiant ses simulacres par le feu ardent de la vérité. Le Désespéré se sublime lorsque le romancier laisse place au pamphlétaire et au mystique, alimentant le récit en enivrantes apologies et audacieuses imprécations.
L’indubitable acmé du roman est ainsi le dîner littéraire auquel Marchenoir est convié. Ce dernier accepte imprudemment l’invitation et se retrouve alors en présence de toute la lie des lettres, tous les médiocres que l’édition porte au pinacle avec une indifférence crasse pour les authentiques talents. Ce passage est l’occasion pour Bloy d’éreinter sans ménagement les écrivaillons alors à la mode, les critiques et les journaleux. Les successifs portraits que dresse Marchenoir avec une froideur méthodique propre à un tueur en série s’acharnent autant sur les plumitifs que la postérité a très justement oublié, que sur Daudet, Maupassant et Zola, intarissables objets d’exécration toujours en survivance dans notre mémoire collective. Ce traitement acerbe engendre d’impressionnantes pages où la verve embrasée de l’auteur enchaîne invectives et anathèmes avec une très singulière maîtrise des mots. Bloy explose le langage et laisse le vocabulaire gonfler et nous submerger, pour un résultat particulièrement jouissif et captivant.
Pure flamboyance stylistique, le Désespéré n’est pourtant pas épargné par quelques enlisements narratifs, mais il démontre pleinement le talent monumental de son auteur. Et je me surprends à imaginer la facilité avec laquelle Bloy broierait nos actuelles idoles de la littérature, cette incommensurable populace analphabète acclamée avec zèle par de toujours aussi peu subtils journalistes.
09:55 Publié dans En mode lecture | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
19.09.2006
[Médulla]
Le bouquet violacé sourd embrasé.
Quasar offrant un détail du sommeil
Du monstre atrocement développé
Au point d’en percer violemment la chair,
La toile est aspirée dans un trou noir
A la singularité vert rubis,
Terne éclat en survivance du sang,
Aspirant et dénudant les couleurs.
15:52 Publié dans Poésie d'asphalte | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
18.09.2006
[Exorcismes spirituels II]
Dans l’un des plus récents textes qui composent ce nouveau recueil (On purge bébé, examen d’une campagne anticélinienne), on verra que je nomme hyperfestive l’ère dans laquelle nous sommes entrés, et que j’appelle Homo festivus l’habitant dominant de ce nouveau monde. La société hyperfestive cache ses effondrements sous les fumigènes. Elle dissimule la destruction du temps derrière le retour accéléré de ses festivités. Le poisson, en somme, pourrit par la fête. La société hyperfestive se présente comme l’univers indépassable à l’intérieur duquel même les critiques les plus cinglantes du dit univers sont possibles et souhaitables. Elles ne sont même encouragées que là. Elles y sont prévues. Leur place est réservée. Il n’y a pas d’au-delà de l’horizon de l’hyperfestif, dans lequel les anciennes divisions n’ont plus cours. On y lutte entre rebelles soumis, dissidents étatiques et imprécateurs salariés. Les flics y sont déguisés en agents de la « sédition », en panégyristes du « dynamitage » de tous les tabous, en perroquets lyriques des anciennes utopies et des subversions. De sort qu’aux matons de Panurge qui gardent la chiourme, et aux mutés de Panurge qui la peuplent, il me faut ajouter aujourd’hui un troisième acteur essentiel pour que la nouvelle comédie humaine soit complète : le mutin de Panurge.
C’est en état de manque que je me suis engagé dans le second volume des Exorcismes spirituels, impatient de retrouver la causticité si particulière de Philippe Muray, cette prose délirante héritée de Céline. Tout comme le premier recueil, cette suite d’essais et de pamphlets décortique avec un humour homicide ce voile de simulacres et d’absurdités que constitue notre actuelle réalité, cet idéal en toc de notre quotidien médiatisé sur tous les écrans et toutes les surfaces d’expression, notamment à travers les livres. L’Histoire morte, le cadavre emporte la société dans les limbes de la consomption générale.
Outre les dissections de la littérature auxquelles Muray nous a habitués, il été sélectionné cette fois-ci de très intéressants portraits de peintres (Delacroix, Rubens, Soutine) afin d’illustrer les déviances culturelles de notre époque consumériste de masse. Aux yeux de l’essayiste, l’art est devenu un haut lieu de la pérégrination festive, une destination touristique comme une autre où, à l’image du reste, tout bascule dans l’indifférencié, toute singularité se trouve atténuée au profit d’une homogénéité totale et totalitaire.
La voix de Philippe Muray s’éleva contre le grand vidéodrome en en dissolvant par le rire l’idéologie spectaculaire : en cela, les Exorcismes spirituels II constituent une très saine dose d’oxygène au milieu des conneries de notre temps.
A prendre tout de même avec des pincettes.
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17.09.2006
[La propagation du chaos]
Je profite des derniers jours que me laisse la rentrée universitaire pour m’investir plus intensément dans ces quelques piles monumentales d’ouvrages que j’ai récemment compilés avec une effervescence tout enfantine. J’ai à présent mené à terme ma belle petite purge des préceptes littéraires que le système éducatif s’est avisé de m’inculquer, mais en sauvegardant toutefois quelques références valides, quelques rares écrivains qu’il me faut défarder de la crasse sécrétées par le collège et le lycée, ces lupanars intellectuels ouverts aux gosses. Cette éducation en perte de référent m’aura fait saisir toute l’importance de l’autonomie et c’est donc bien en machine célibataire que je me fraye mon chemin à travers les concrétions babéliennes de la littérature. J’ai désormais en main une carte acceptable pour me repérer dans le bordel des plumitifs et constituer ma propre bibliothèque de survie. Je suis un camé averti. Les mots injectés contaminent mes veines et bouillonnent comme des atomes happés dans une réaction en chaîne. Mes yeux épousent encore la narration schizo de Pynchon, j’affronte les ultimes pages de l’Arc-en-ciel de la gravité, mais déjà le Désespéré commence à me brûler les doigts. Il y a chez Bloy comme une force résistante qui vous irrite tout d’abord, une surface qu’il faut percer avant de voir la prose s’emballer et vous engouffrer en son sein, vous plonger dans une exubérance verbale pleine de tensions qui se concentrent jusqu’à former une texture singulièrement fluide, préfigurant la pure intensité des romans céliniens. Très peu de livres ont cette capacité d’épouser votre propre pensée au point de la remplacer. Vous devenez le véhicule de la pensée de l’écrivain, son incarnation par-delà les abysses du temps et de l’espace. La littérature est une opération de parasitage, parfois réussie, mais qui, le plus souvent, se trouve menée par des mains malhabiles ou empreintes de mauvaises intentions. L’expérience me permet dorénavant d’éviter ces proses maquées et d’axer mon attention sur les seules perles qu’elles dissimulent.
17:35 Publié dans En mode lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16.09.2006
[Ambrée]
Mes sens interférés plissent le monde
En en distillant un fluide élixir.
Ce déluge assidu d’émotions moites
Dénude une à une mes particules.
Les baisers affluent, brûlures chimiques
Confinant ma chair dans la confusion,
Et tout l’être s’y résigne arraché,
Empourpré de blessures inconnues.
L’univers sans cesse caressé fuit
Dans des promesses aux pétales rouges
Et enivre, beauté américaine
En pleurs, mes nervures les plus intimes.
21:10 Publié dans Poésie d'asphalte | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


