23.09.2006

[Contraction de la lutte]

       Percevoir l’acte d’écrire comme s’il n’était que la manifestation en surface d’une sécrétion organique entraînant une addiction, une adrénaline aux propriétés cocaïnomanes, fluide et brute, emplissant toute la matière charnelle en empruntant les canaux creusés par les nerfs et les veines. Agent contaminant, le Verbe est à la fois message neuronal, oxygène et hémoglobine. Il est le sang et le vampire qui l’absorbe, la pensée et son antiforme entropique. Un livre est semblable à un quasar, c'est-à-dire un paradoxe astral, simultanément sombre et éblouissant, hautement lumineux et incrusté d’un trou noir. Il ne peut être création que dans la mesure où il implique une destruction. En l’occurrence, la destruction de son auteur.
medium_domaine_de_l_extension_de_la_lutte.3.JPG

       Eprouver l’activité de sa conscience comme une série de cassures.
 
       Les pages d’un roman déflagrent dans une explosion cosmique, un tsim-tsoum cristallisant la réalité. La narration ne s’éclot et s’organise pleinement que lorsque l’écrivain se dissout, aspiré par l’espace offert, ramené toute entier dans les limbes de l’invisible. L’auteur se retrouve alors contenu derrière les mots, en évolution souterraine, comme si cette déréalisation était la condition d’exercice du processus démiurgique. Et sa seule technologie apparente, la seule terminaison observable de sa présence en négatif, se trouve être le narrateur.

Commentaires

"Les idées fictives naissent
des erreurs suscitées par les apparences.
ces idées sont donc le réel
puisque les apparences ne sont pas des idées."
(Soûtra de l'Entrée à Lankâ, Fayard 2006)

quid donc de cette notion de déréalisation?

La poésie existe sans poète, il en va de même pour les moindres formes d'écriture, quel que soit le jeu des apparences.

"éprouver l'activité de LA conscience"; la notion de fragmentation - donc de cassures - provient de l'emploi de "sa".
c'est uniquement l'idée - créée par la pensée - d'être un individu séparé, idée fondée seulement sur des croyances ne soutenant pas une analyse approfondie, qui génère ces cassures ou fragmentations.

Ecrit par : gmc | 23.09.2006

"éprouver LA conscience" tout simplement est déjà une base intéressante car "l'activité" de LA conscience pourrait faire l'objet de long chapîtres de glose stérile.

Ecrit par : gmc | 24.09.2006

Pour moi, les apparences sont déjà de l’ordre de l’idéel. Idées adventices.

Créer un monde dont on est absent. Déréalisation, dans le sens de mise en retrait du visible. C’est pour cela que je n’ai pas utilisé anéantissement. Ce que je définis comme étant ma réalité est ce que j’expérimente. Cela ne veut pas dire que cette réalité se confonde avec le Réel.

La poésie n’existe pas sans poète, tout comme il ne peut y avoir de peintre sans peinture. L'art est indissociable de l'Homme.

Un individu n’est-il pas par définition séparé ?

Si ma conscience ne m'appartient pas, à qui appartient-elle ? Je n'ai pas de conscience propre, c'est ça ?

Ce que je considère comme étant ma conscience est ce que j’appelle ma conscience, que te faut-il de plus ? Ne pas réussir à définir quelque chose ne signifie pas que cette chose-là n’existe pas.

Ton Soûtra à l’entrée à Lankâ ne parle-t-il pas de conscience, lui ? Peux-tu m’en citer la première phrase ?

Ces longs chapitres de glose stérile ne sont-ils pas justement le produit d'une activité de la conscience ?

Autre chose ?

Ecrit par : kamisama skam | 24.09.2006

première phrase du Lankâ:

"ainsi ai-je entendu: en ce temps-là le Bouddha se trouvait au bord de la mer, dans la citadelle de Lankâ, à la cime du mont Malaya, en compagnie de la grande assemblée des bodhisattvas. Ces derniers avaient tous réalisé les cinq catégories, les trois natures, les consciences et l'inexistence du soi. Parfaitement conscients que le monde extérieur était une perception au sein de leur esprit, pour s'ébattre, ils avaient des libertés souveraines, des extases de concentration, des pouvoir extraordinaires et des forces par-delà toute mesure."



la séparation de l'individu est une idée créée par la pensée.

pour pouvoir affirmer la propriété ou la non-propriété d'une conscience, il faut au préalable être en mesure de trouver son propriétaire supposé: trouve le propriétaire et montre-le, quelle est sa nature, qu'est-ce que "ego"?


pour la notion de création: combien y-a-t-il de souffle créateur?

Ecrit par : gmc | 24.09.2006

Hou, hou, GMC et son fameux quatrain ! je m'éloigne sur la pointe des pieds... les idées fictives resteront tjrs fictives puisque le réel est une apparence.... Skam, bon courage !

Ecrit par : endora | 25.09.2006

Je découvre. Je lis. Et j'aime beacoup certaines des quelques pages lues.
Rien d'autre d'utile à ajouter.

Ecrit par : fatalis | 25.09.2006

Si : Qu'il s'agit là d'une très belle définition de l'incarnation dans le verbe ! Il suffit d'aimer les mots pour le comprendre.

à gmc : rien compris à ce que tu racontes...

Ecrit par : fatalis | 26.09.2006

Les commentaires sont fermés.