17.09.2006

[La propagation du chaos]

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       Je profite des derniers jours que me laisse la rentrée universitaire pour m’investir plus intensément dans ces quelques piles monumentales d’ouvrages que j’ai récemment compilés avec une effervescence tout enfantine. J’ai à présent mené à terme ma belle petite purge des préceptes littéraires que le système éducatif s’est avisé de m’inculquer, mais en sauvegardant toutefois quelques références valides, quelques rares écrivains qu’il me faut défarder de la crasse sécrétées par le collège et le lycée, ces lupanars intellectuels ouverts aux gosses. Cette éducation en perte de référent m’aura fait saisir toute l’importance de l’autonomie et c’est donc bien en machine célibataire que je me fraye mon chemin à travers les concrétions babéliennes de la littérature. J’ai désormais en main une carte acceptable pour me repérer dans le bordel des plumitifs et constituer ma propre bibliothèque de survie. Je suis un camé averti. Les mots injectés contaminent mes veines et bouillonnent comme des atomes happés dans une réaction en chaîne. Mes yeux épousent encore la narration schizo de Pynchon, j’affronte les ultimes pages de l’Arc-en-ciel de la gravité, mais déjà le Désespéré commence à me brûler les doigts. Il y a chez Bloy comme une force résistante qui vous irrite tout d’abord, une surface qu’il faut percer avant de voir la prose s’emballer et vous engouffrer en son sein, vous plonger dans une exubérance verbale pleine de tensions qui se concentrent jusqu’à former une texture singulièrement fluide, préfigurant la pure intensité des romans céliniens. Très peu de livres ont cette capacité d’épouser votre propre pensée au point de la remplacer. Vous devenez le véhicule de la pensée de l’écrivain, son incarnation par-delà les abysses du temps et de l’espace. La littérature est une opération de parasitage, parfois réussie, mais qui, le plus souvent, se trouve menée par des mains malhabiles ou empreintes de mauvaises intentions. L’expérience me permet dorénavant d’éviter ces proses maquées et d’axer mon attention sur les seules perles qu’elles dissimulent.

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