28.08.2006
[Technologie verbale]
Sentir l’écriture envahir la chair et la narration consumer lentement la réalité. Les mots sont pure contamination, électrisation de la masse organique et de ce qui tient lieu de conscience, amenant l’écrivain à ses propres limites et traçant un mouvement aux aspects de mort lente, consommée comme défragmentation totale de l’être. Tout le mental plonge dans sa propre matière noire. J’emmerde tous ces prétendus écrivains qui ne font que déverser leur merde de prose sans être pénétrés par ce qu’ils écrivent. Le génie, la perfection de texte, ne peuvent être atteints qu’à l’instant où la page banche (réelle ou pixellisée) est lentement noircie comme si les mots étaient conçus par quelqu’un d’autre, comme si la pensée devenait étrangère, alien, comme si l’on devenait le véhicule de la pensée de quelqu’un d’autre. En cet instant critique de dépassement de soi, le langage n’est plus un appendice de notre être, mais notre être devient extension vaguement organique du langage. Le langage est technologie. Je ne vois pas pourquoi il ne pourrait par conséquent être l’espace opératoire où l’on procéderait à des innovations, ces petites destructions créatrices formulées en réaction contre l’entropie. Luddites du langage, les quarante académiciens ne sont d’ailleurs pas sauvegarde salvatrice de la langue, mais pure inertie autodestructrice. Arme de destruction massive expérimentant le retournement de sa propre thermodynamique, la littérature est son aussi propre ennemi.
20:35 Publié dans Exercices négatifs | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note



Commentaires
Je lisais récemment un livre de Barjavel qui décrivait l'écriture comme étant également une souffrance.
Ecrit par : stephane | 29.08.2006
Elle n’est pas forcément une souffrance, mais une dépendance, avec justement les "effets secondaires" qu’une addiction peut provoquer. C’est comme ça que je perçois les choses. L’écriture n’est pas une pratique de dilettante, c’est un trou noir qui aspire tout. Et les chefs-d’œuvre en sont le point de singularité.
Ecrit par : skam | 29.08.2006
cf la video de Georges Bataille où il est intervievé sur son livre "la littérature et le mal ". Fascinant !
Taper sur google "Paroles des jours "
Ecrit par : | 30.08.2006
Très bonne vidéo, oui.
Kafka est à mes yeux une figure incontournable de la littérature comme part maudite.
Je connaissais vaguement ce site, affilié à la revue Ligne de risque. I keep tabs on it.
Ecrit par : skam | 30.08.2006
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