22.08.2006
[Felt mountain]
Felt Mountain (2000) est un formidable petit joyau estampillé Goldfrapp, groupe réunissant la chanteuse Alison Goldfrapp et le compositeur Will Gregory. Empreint d’un trip hop sombre et baroque lorgnant vers des ambiances cinématographiques, l’univers de Felt Mountain est toujours décrit, et ce à juste titre, comme une confluence de ceux d’Ennio Morricone et de Portishead. Cette comparaison avec le groupe de Bristol, avec lequel Gregory participa en tant que saxophoniste, est notamment justifée par la présence sur l’album du guitariste Adrian Utley et d’orgues en réminiscences de certains passages de Dummy.
Alison a, quant à elle, déjà prêté sa voix durant les mid-nineties au groupe Orbital, sur leur album Snivilisation, mais aussi et surtout à Tricky, sur le « Pumpkin » du définitif Maxinquaye, morceau intensément crépusculaire, construit à partir d’un sample du groupe de Billy Corgan.
It starts in my belly
Then up to my heart
Into my mouth I can’t keep it shut
Do you recognize the smell
Is that how you tell
Us apart
I fool myself
To sleep and dream
Nobody’s there
No one but me
« Lovely Head » ouvre somptueusement l’album. Une ambiance se bâtit à partir d’un rythme lent, paisible, de quelques notes, des sifflements que l’on pourrait croire échappés d’une bande-son composée par un Morricone dépressif, et la plainte d’Alison Goldrapp s’élève, survole ce premier morceau, étonnamment aérienne, épurée, à l’image des montagnes ornant la pochette arrière du disque, paysage d’un voyage (un trip) ensorceleur.
Sur tout l’album, les compositions versent vers le minimalisme propre à certaines musiques de films des années 60 et me rappellent par instants la noirceur baroque d’Elephant Man. Même extrêmement dépouillées, elles se suffisent pour générer une atmosphère terriblement sombre, profondément envoûtante et sensuelle. Ce trip hop arbore une esthétique jazzy, empreinte quelque fois à l’easy-listening et flirte même avec la bossa-nova sur « Human ». Et Alison Goldfrapp chante magnifiquement. Évoquant Beth Gibbons voire Shirley Bassey, sa voix sublime intensément chacun des morceaux, confère à « Utopia » son statut de climax et parachève le spleen cinématographique de Felt Mountain.
It’s a strange day
No colours or shapes
No sound in my head
I forget who I am
Offrant une musique intemporelle, Felt Mountain est un pur chef-d’œuvre et constitue véritablement le sommet de la discographie de Goldfrapp. Aucun de ses successeurs (des albums electro-pop résolument axés dancefloor) n’a pour l’heure trouvé une somptuosité comparable.
01. Lovely head
02. Paper bag
03. Human
04. Pilots
05. Deer stop
06. Felt mountain
07. Oompa radar
08. Utopia
09. Horse tears
23:05 Publié dans Art brut consommé | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
...I forget who I am
when I am with you....
...une musique qui donne envie de tomber amoureux de tout, d'une lampe de chevet, d'un banc dans un pré, d'un pneumatique dégonflé, et surtout d'Elle, celle que tu voudras, qui puisse-t-elle être, qui fut elle; passée, présente ou encore embryonnairement future...
Ecrit par : Voiker | 28.08.2006
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