31.07.2006

[Impression écarlate]

       Phosphore en flammes se mêlant à l’encre rouge,
       Excitant la narration de mon existence,
       La vérité pulse chaudement dans mes veines,
       Angéliquement aveuglante et addictive.

25.07.2006

[Considération actuelle]

       L’art des artistes doit un jour disparaître, entièrement absorbé dans le besoin de fête des hommes : l’artiste retiré à l’écart et exposant ses œuvres aura disparu.
       Nietzsche, Aurore.

24.07.2006

[Le bébé]

       Considérer que seuls Dan Brown, Joanne Kathleen Rowling, Thierry Ardisson et l’Education nationale sont les ennemis de la littérature française est profondément réducteur. Le sabotage de la littérature, comme toute métastase, est opéré en son sein, par ses propres agents. Le roman ne cesse d’imploser sous le poids du narcissisme subversif et de l’académisme sénile, deux tendances du genre réunies dans l’autocélébration et une festivité sans fin du langage, degré terminal d’un processus mortifère qui ne cesse d’échapper à sa propre échéance.
       Et dans cette gangrène, il y a Marie Darrieussecq.
       Darrieussecq publie en 2002 une véritable perle, le Bébé, un ouvrage monstre retraçant les neufs premiers mois de son fils (du printemps à l’automne) sous la forme de très courts et éclatés paragraphes, dans un format très Nouveau roman, très Nathalie Sarraute dans la disposition formelle. Darrieussecq parle de son fils en deux cahiers, et rien que de son fils, sa propre chair.
       Mais ce gros morceau de chair qu’enfanta Darrieussecq ne trouve à aucun moment une quelconque once d’humanité. Simple amas d’organes et d’orifices consommant et produisant des flux de toute sorte, de toute odeur. Simple jouet d’un auteur en manque d’inspiration tout autant que de style. Tout comme le bébé, n’ayant encore réussi à sortir son premier mot, l’ouvrage est avant tout échec du langage.
       La bouche du bébé aspire tout. Trou noir en expansion. Le bébé n’est plus qu’une entité vaguement humaine, une boîte noire : on sait ce qui y entre, on sait ce qui en sort, mais on ne sait pas trop ce qui se passe à l’intérieur, et d’ailleurs cela ne nous intéresse que très peu. Voilà la cybernétique la plus pure. Le bébé n’est pas un être humain. Il n’a d’ailleurs pas de prénom. C’est un machin qui agresse le langage et le silence avec ses borborygmes.
       L’ouvrage pourrait à tout moment glisser vers l’inceste sans que personne ne s’en trouve étonné. Darrieussecq cherche à choquer avec une attitude à la Angot. Elle pourrait dévier scato, joue avec son devenir-pédophile, mais en reste à la limite, nous offrant tout de même de temps en temps quelques bribes de son fantasme incestueux sous une forme infiniment puérile. Qu’importe si celui-ci est réel ou non, après tout on s’en fout, ce qui reste de ces paragraphes, c’est leur platitude, cette platitude interminable entraînée par instants vers  par une volonté de se la jouer trash, seule manière trouvée pour se faire remarquer. On se ballade dans cet univers javellisé, sentimentalement stérile, comme on se promènerait dans le monde indolore de Disney, mais avec un peu de transgressif, histoire de faire dans l’air du temps, d’être reconnu par la profession, de pondre un best-seller, mais aussi pour tenter de réveiller le lecteur, qui ne peut finalement que se demander ce qu’il fout bien dedans, à se perdre dans ces pages et les excrétions qui y sont étalées dans le vertige du non-événement.
       Très rapidement, Darrieussecq semble identifier ce qui vient achever sa prose, ce qui la confine au degré zéro de l’écriture, le « baby-blues », c’est-à-dire « le désespoir d’adultes englués dans le rythme d’un nourrisson, ayant à affronter seuls une telle réduction de la pensée ». Le Bébé est ainsi le récit de la réduction de la pensée de Darrieussecq, l’expérimentation par le lecteur d’un mental utilisant le minimum de ses capacités, mais aussi l’embryon d’un ouvrage, une littérature qui refuse de trouver un semblant de consistance et qui ne pourra finalement qu’avorter. Le Bébé, c’est la littérature régressant à un stade infantile, tout simplement.
       « A chaque petit pot, courgette, pomme, carotte que va-t-il ressortir ? Quelle couleur, quelle consistance et quelle odeur ? » C’est un peu ce que l’on se demande en refermant le livre. Qu’est-ce qui, finalement, en ressort ? N’en reconnaissons-nous pas l’odeur ? La chimie organique chez Darrieussecq n’est que déjection.

22.07.2006

[Du chaos à l'art]

       Dans un texte violemment poétique, Lawrence décrit ce que fait la poésie : les hommes ne cessent pas de fabriquer une ombrelle qui les abrite, sur le dessous de laquelle ils tracent un firmament et écrivent leurs conventions, leurs opinions ; mais le poète, l’artiste pratique une fente dans l’ombrelle, il déchire même le firmament, pour faire passer du chaos libre et venteux et cadrer dans une brusque lumière une vision qui apparaît à travers la fente, primevère de Wordsworth ou pomme de Cézanne, silhouette de Macbeth ou d’Achab. Alors suivent la foule des imitateurs qui ravaudent l’ombrelle avec une pièce qui ressemble vaguement à la vision, et la foule des glossateurs qui remplissent la fente avec des opinions : communication. Il faudra toujours d’autres artistes pour faire des fentes, opérer les destructions nécessaires, peut-être de plus en plus grandes, et redonner ainsi à leurs prédécesseurs l’incommunicable nouveauté qu’on ne savait plus voir. C’est dire que l’artiste se bat moins contre le chaos (qu’il appelle de tous ses vœux, d’une certaine manière) que contre les « clichés » de l’opinion. Le peintre ne peint pas sur une toile blanche, ni l’écrivain n’écrit sur une page blanche, mais la page ou la toile sont déjà tellement couvertes de clichés préexistants, préétablis, qu’il faut d’abord effacer, nettoyer, laminer, même déchiqueter pour faire passer un courant d’air issu du chaos qui nous apporte la vision. 
       Deleuze et Guattari, Qu'est-ce que la philosophie ?

19.07.2006

[Gris sang]

medium_Nu_couche.JPG

    
       La chair est lentement recouverte de cendre
       Pour ainsi engendrer d’étranges nus couchés.
       Le vent emporte les derniers gémissements
       Et le silence naissant meurtrit mes pensées.

13.07.2006

[Extinction lente]

       Je m’enfonce dans la nuit et celle-ci brûle mes pensées. La poursuite des opérations jusqu’à l’aube me paraît peu vraisemblable, le matériel psychique s’annonçant déjà au bord de la défaillance généralisée. C’est pourtant dans ces instants où l’organisme devient instable et se love avec ses propres limites qu’une forme inespérée d’inspiration s’empare de sa totalité. Une puissance verbale s’arrache du néant et amène la conscience à engendrer son propre infini. Les heures nocturnes défilent, se jouent de mes nerfs, révèlent un éclat jusqu’alors ignoré. Les choses retrouvent une certaine force dans l’épuisement même. Le Verbe, lui, se saisit des dernières résistances et tourmente par contamination. Encore quelques minutes lourdes, puis arrêt de l’activité. Arrêt momentané et peu désiré.

11.07.2006

[Génération Y]

       Le corps bleui par les heurts,
       J’émerge de mon enfer,
       Les larmes lourdes et l’âme
       Maculée de cendre noire.
       L’entropie rampe, intense.
       Je renais, la chair brûlée,
       Les nerfs acérés, si libre,
       Nu, là où tombent les anges.

10.07.2006

[Excitation sociale]

       L’espace se sursature de signes. Les rues s’humanisent densément. La foule froide, les rebelles sans cause et les pétasses victimes de la mode continuent de mener leur paisible existence dans la lumière bleu néon et la chaleur électrique. Les vitrines captent leur regard. L’asphalte leur fait perdre leurs pensées. Une odeur forte alimente l’atmosphère et maintient le sentiment d’une apocalypse imminente. Les artères de la ville où la plus pure cinétique est générée en continu tracent les lignes d’expansion de mon mental. Autogeddon, autogeddon. Le monde se défragmente et se réagence suivant une toute nouvelle géométrie… Maintenant que la France en a terminé avec son petit mondial, le temps va pouvoir reprendre son libre cours et la Terre tourner à nouveau.

08.07.2006

[Praxis]

       Tout revêtu de bourgeonnants faux-semblants
       Et foulé du bourdonnement de la foule,
       Le corps du Réel continue de pourrir
       Disséqué sans fin par mes yeux, caméras
       D’une machine désirante épuisée
       En plongée dans le plus excité chaos.

06.07.2006

[La saveur de la désagrégation]

medium_paname3.5.JPG

  
       De retour de Paname ville-lumière. Maintenir l’illusion de la perfection huit secondes au moins se sera finalement révélé un exercice bien plus périlleux que je ne l’imaginais. A présent je vais pouvoir renouer tranquillement avec l’arc-en-ciel de la gravité…

Toutes les notes