31.05.2006

[Soleils couchants]

       Les larmes se joignent au tumulte des choses.
       La réalité se désagrège en silence
       En s'imprégnant de la poésie du chaos,
       Ses pétales arrachés sans nulle romance.

30.05.2006

[Soleil d’ébène]

       Monade à dénuder,
       Mon âme s’ouvre au monde
       En goûtant au nectar
       Noir suintant du néant.

[Jupiter et au-delà]

I tried to create a visual experience, one that bypasses verbalized pigeonholing and directly penetrates the subconscious with an emotional and philosophical content... I intended the film to be an intensely subjective experience that reaches the viewer at an inner level of consciousness, just as music does... You're free to speculate as you wish about the philosophical and allegorical meaning of the film.
       Kubrick, à propos de 2001.

26.05.2006

[Stigmates]

       L'or de l'aurore brûle la fluide rosée
       Déposée sur les corps, épaves d'une lutte
       Que les instants désirs firent surgir pareille
       A une lumière intense dans les ténèbres.

25.05.2006

[Des anges mineurs]

       J’appelle narrats des textes post-exotiques à cent pour cent, j’appelle narrats des instantanés romanesques qui fixent une situation, des émotions, un conflit vibrant entre mémoire et réalité, entre imaginaire et souvenir. C’est une séquence poétique à partir de quoi toute rêverie est possible, pour les interprètes de l’action comme pour les lecteurs. On trouvera ici quarante-neuf de ces moments de prose. Dans chacun d’eux, comme sur une photographie légèrement truquée, on pourra percevoir la trace laissée par un ange. Les anges ici sont insignifiants et ils ne sont d’aucun secours pour les personnages. J’appelle ici narrats quarante-neuf images organisées sur quoi dans leur errance s’arrêtent mes gueux et mes animaux préférés, ainsi que quelques vieilles immortelles. Parmi celles-ci, une au moins a été ma grand-mère. Car il s’agit aussi de minuscules territoires d'exil sur quoi continuent à exister vaille que vaille ceux dont je me souviens et ceux que j'aime. J’appelle narrats de brèves pièces musicales dont la musique est la principale raison d'être, mais aussi où ceux que j’aime peuvent se reposer un instant, avant de reprendre leur progression vers le rien.
       Antoine Volodine, Des anges mineurs.
  
       Quarante-neuf narrats. Quarante-neuf anges mineurs. Les chapitres déstabilisent tout d’abord par leur brièveté et l’onirisme des images qu'ils font surgir, mais très rapidement l’ensemble s’approprie une certaine cohérence, les narrats se font mutuellement échos, pour ainsi former un univers poétisé baignant entre l’imaginaire de la science-fiction et le conte fantastique. Ce qu’Antoine Volodine décrit, c’est une Terre sur laquelle tout disparaît au profit de l’invasion des déchets. La Beauté est viciée et évacuée. L’humanité elle-même disparaît peu à peu. L’humanité ne cesse de disparaître en emportant avec elle la beauté terrestre, laissant à la place déserts et déchets, des récits sans lecteurs et un silence absolu.
       Le roman conte l’histoire des quelques survivants d’une lente extinction. Nous ne sommes pas après un quelconque apocalypse, non, cet apocalypse est à l’œuvre, non pas brutalement mais progressivement. L’humanité ne s’éteint pas sans tragédie ni ne fait une sortie en beauté : sa disparition est une lente tragédie, un processus tellement décéléré que nous n’en percevons les variations d’intensité. L’humour de Volodine n’occulte aucunement la qualité de néant de l’existence ; cette narration de l’extinction de l’Homme s’approprie une étrange poésie, une poésie post-apocalyptique malaxant les couleurs dures de ce monde qui se meurt.
       S’exprime chez les personnages une pulsion de mort, un certain regret d’avoir été mis au monde (« Je suis né contre mon gré, vous m’avez confisqué mon inexistence. »). La préoccupation de cette humanité est de faire le « bilan de son existence », cet acte répondant à ce qui y décrit comme la problématique de cette humanité en sursis : « Qui saura expliquer aux survivants ce que nous faisons ici au lieu d’être mortes ? », comme si la présence au monde était une faute et qu’il fallait la justifier.
       « Le ciel avait brûlé toute la journée. » Tout brûle, se détériore et se trouve réduit en cendres et déchets. Dans l’univers de Volodine ne restent que cendres et déchets, effluves toxiques et radioactifs, étendues désertiques et immeubles que seuls les fantômes de nos souvenirs habitent. Les anges mineurs veulent que leurs souvenirs leur survivent, peut-être justement pour garder l’illusion d’une présence humaine, sans percevoir la vanité de cette entreprise. « Le ciel commençait à virer au bleu malpropre. Nous nous tenions la main dans la main, et nous observions le paysage de ces vilaines brassées flottantes, de ces épaves de plantes qui parsemaient le fleuve à perte de vue. » Le romantisme, ne pouvant se détacher de la laideur du monde, ne peut plus y surgir que misérable et éphémère.
       L’univers peint dans Des anges mineurs est économiquement mort. Et lorsque le capitalisme y est réintroduit, il l’est vainement. Il n’y a plus rien à échanger, toutes les ressources ont été épuisées et les déchets constituent le seul moyen de paiement (pour ce qui n’est autre qu’une métaphore des droits à polluer). Plus aucun échange n’est réalisé, plus aucune relation humaine. Les relations humaines sont condamnées à ne s’établir durablement. « La communication réelle, la relation et même le concept d’une relation s’étiolaient dès la première seconde. » Cette néantisation d’autrui constitue le premier pas de la disparition de l’Homme, soulignant le fait que ce dernier désirait finalement son éradication et mit tous les moyens en place pour l’engendrer.
       Volodine a parfaitement intégré l’héritage laissé par le théâtre de l’absurde et répond à sa manière à la fameuse phrase d’Adorno quant à l’impossibilité de faire de la poésie après Auschwitz. Les anges mineurs attendent leur retrait du monde comme les personnages de Beckett attendent Godot, à ceci près que l’objet de leur attente est réel et ne cesse de s’actualiser. Volodine recrée de la poésie à partir d’une vision du monde qui s’en trouve destituée. Il destine sa poésie à ceux qui l’ont détruite.
  
      J’attends ici en face de l’océan, en face de ce qu’il en reste.

23.05.2006

[The perfect drug]

    I've got my head but my head is unraveling  
    Can't keep control can't keep track of where it's traveling
    I got my heart but my heart is no good
    When you're the only one that's understood
    I come along but I don't know where you're taking me
    I shouldn't go but you're reaching, dragging, shaking me
    Turn off the sun pull the stars from the sky
    The more I give to you the more I die
 
    And I want you
    And I want you
    And I want you
    And I want you

    You are the perfect drug… the perfect drug… the perfect drug
    You are the perfect drug… the perfect drug… the perfect drug
 
    You make me hard when I'm all soft inside
    I see the truth when I'm all stupid eyed
    Your arrow goes straight through my heart
    Without you everything just falls apart
 
    My blood wants to say hello to you
    My fear is born again inside of you
    My soul is so afraid to realize
    How very little there is left of me
  
    And I want you
    And I want you
    And I want you
    And I want you
  
    You are the perfect drug… the perfect drug… the perfect drug
    You are the perfect drug… the perfect drug… the perfect drug
 
    Take me with you
    Take me with you
    Take me with you
    Take me with you
    Without you… without you everything falls apart
    Without you… it's not as much fun to pick up the pieces
    Without you… without you everything falls apart
    Without you… it's not as much fun to pick up the pieces
    It's not as much fun to pick up the pieces
    It's not as much fun to pick up the pieces
    Without you… without you everything falls apart
    Without you… it's not as much fun to pick up the pieces 
 
    Nine Inch Nails, "The Perfect Drug". 

21.05.2006

[Essence]

La mort coule dans les veines faites de suavité,
Elle se complaît à défaire les fils de beauté.

  
       Les molécules d’oxyde d’azote flirtent
       Avec les flots brûlants d’un plasma inerte.
       Le sang se colore d’une noire fatalité,
       Celle qui affine l’horrible degré de fertilité
       Sous la surface nivelée d’impacts amoureux.
       L’acide velouté d’un pacte langoureux
       Du cri lourd avec l’aride pourrissement
       Hérissant nos pores en-dehors du plissement
       Sature l’arrivée d’air de souffrances inverties
       En se découvrant en lui un éther travesti.

17.05.2006

[Pose]

       La chair se découvre et se nourrit du regard,
       Moite et homogène, les pores sécrétant
       Une exquise fragrance, ordonnant sans fard
       Une redéfinition de l’agencement.

16.05.2006

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       « Tout ça pour dire que faire de l'écriture "énervée" ou le ressenti qu'elle en découle ne doivent pas se contenter d'être limités à bite chatte couille ou foutre pour être revendicatrice. Ils ne peuvent être ainsi que si ils provoquent. » A ouais ? Parce que c’est subversif tout ça ? On dirait du Darrieussecq, ou bien encore d’autres auteurs bien de chez nous, une prose finalement bien normée. La revendication a de nos jours un goût mielleux, surtout quand elle se pavane dans le scato de base ; ça se croit subversif quand ça retrouve sa voix d’enfant. Le projet chaos de tous ces énervés-du-verbe se résume à accélérer la tendance générale, celle du suicide collectif, celle du je-scie-la-branche-sur-laquelle-je-suis-assis. L’anarchisme fout décidément en l’air les derniers neurones en place.

[Economie du signe]

       Lorsqu’un artiste ne produit pas de l’Art, il en consomme. Il se sépare de l’existence en s’aliénant au produit même de cette séparation. Ainsi la création n’est aucunement un facteur d’intégration au monde mais plutôt un mécanisme entraînant notre éviction de celui-ci. L’écriture ne libère aucunement l’écrivain de ses affres. L’écriture ne consume pas les affres de l’écrivain mais plutôt y consume ce dernier suivant un mouvement ultime d’aliénation. L’échec dans l’existence n’est alors plus la cause mais la finalité d’un mode de vie devenu lui-même l’ultime chef-d’œuvre que peut offrir l’artiste. Tout mode de production n’est pas connectif mais disjonctif : il ne nous rapproche pas du monde, mais nous en éloigne. Figure schizophrénique en puissance, l’artiste en explore les terminaisons les plus extrêmes.

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