16.05.2006

[Economie du signe]

       Lorsqu’un artiste ne produit pas de l’Art, il en consomme. Il se sépare de l’existence en s’aliénant au produit même de cette séparation. Ainsi la création n’est aucunement un facteur d’intégration au monde mais plutôt un mécanisme entraînant notre éviction de celui-ci. L’écriture ne libère aucunement l’écrivain de ses affres. L’écriture ne consume pas les affres de l’écrivain mais plutôt y consume ce dernier suivant un mouvement ultime d’aliénation. L’échec dans l’existence n’est alors plus la cause mais la finalité d’un mode de vie devenu lui-même l’ultime chef-d’œuvre que peut offrir l’artiste. Tout mode de production n’est pas connectif mais disjonctif : il ne nous rapproche pas du monde, mais nous en éloigne. Figure schizophrénique en puissance, l’artiste en explore les terminaisons les plus extrêmes.

Commentaires

l'existence de l'humain se résume à "l'homme naît, souffre et meurt" (Rumi); dès lors, aucun besoin d'émettre des regrets.

seul est exempt de cette souffrance le fils de l'homme (car il a reconnu la souffrance pour ce qu'elle est réellement) mais pour qu'il naisse, l'animal névrosé appelé homme doit mourir en lui.

échec et réussite sont des vues du mental, basées sur une dualité bien/mal axée autour d'une image mentale appelée ego; en dehors de cette image (qui n'est qu'une image), il n'est ni bien ni mal.

bien vu l'image du schizo mais schizo est appréhendé comme tel par la pensée mécanique coincée dans ses 3 ou 4 dimensions. voir l'article ci-joint, soit l'opinion de jung sur pablo picasso et james joyce (soit dit en passant, considérés tous deux comme des génies dans leurs domaines respectifs par le reste de l'humanité):

http://web.org.uk/picasso/jung_article-f.html

aucun psy ne sait ce qu'est la conscience, donc on se demande sur quoi ils fondent toutes les subdivisions qui découlent de cette absence de pierre fondatrice (inconscient, subconscient, etc...).

l'aliénation consiste à rester coincé dans la pensée mécanique, pas à en sortir. se consumer est un délice sans affres.

Ecrit par : gmc | 16.05.2006

Seule la conscience peut se définir elle-même. Freud disait que le "subconscient" ne relevait d’aucune réalité. C’est pour ça qu’il n’emploie pas ce terme.

Marrant que tu parles du "fils de l’Homme" et non du "fils de Dieu" : quand j’ai affirmé à ma prof de philo que la première expression était la seule usitée par le Christ, elle a juste haussé les épaules et m’a "traité" de nietzschéen (genre de choses que je prends pour un compliment), ce qui ne l’a pas empêchée de continuer de blablater sur le "fils de Dieu" (tiens, d’ailleurs, ça devait être lors de l'étude en classe d’une crucifixion peinte par Picasso). Lorsque j’ai dit dans je ne sais plus quel post que l’écrivain doit faire sien l’expérience de la mort, j’ai à l’esprit l’idée que l’acte même de créer (dans le sens artistique) rejoint le processus christique (mais comme cette idée reste vraiment dans le vague, je ne vais pas m’amuser à en faire part maintenant).

Je ne pense pas que Joyce ait la même notoriété que Picasso. Je suis sûr qu’autour de moi personne ne le connaît, même de nom.

Personne ne sort vraiment de la pensée mécanique. Et s’il faut comprendre "pensée mécanique" comme je le comprends, alors elle est plus le produit que la cause d’une quelconque aliénation.

Ecrit par : skam | 16.05.2006

la notoriété ne s'arrête pas aux limites de l'hexagone, joyce est considéré comme l'un des plus grands auteurs mondiaux et Ulysse comme l'un des plus grands textes du patrimoine de l'humanité (finnegans wake n'en est pas loin d'ailleurs).
en philo (ceci concerne les philosophes, alors les profs...), la problématique est claire: aucun philosophe ne sait définir le sujet observant; si on ne sait pas qui observe, quelle est la valeur de l'observation? zéro ou presque. une observation objective sans sujet observant défini n'a aucune valeur.
s'il existait un réel philosophe, il s'assiérait devant la question "qui suis-je?" et y passerait sa vie entière (tous ceux qui vont pérorer et gloser sur d'autres sujets omettent sciemment ce fait pour des raisons égotiques); de fait, ces gens existent mais on les appelle péjorativement mystiques (signifie simplement "qui s'intéresse au mystère" et ce mystère, c'est l'homme).
le fils de l'homme est l'expression employée par jésus, le fils de l'homme doit tuer son père (c'est-à-dire l'homme qu'il est aussi) pour émerger; le Christ est un principe contemplatif contenu dans chaque humain, contenu mais pas forcément révélé.
pour la pensée (ou phénomène mental), elle est à la fois la cause et le produit de l'aliénation. elle a créé le monde d'images dans lequel tous évoluent. elle a créé l'image ego. elle a créé la mémoire, etc...
la question n'est pas réellement d'en sortir, la question est qu'elle soit positionnée où elle doit l'être en tant qu'outil mécanique et non pas en tant que phénomène dominant.

pour la création ou l'acte de créer, qui est l'auteur des actes?

Ecrit par : gmc | 16.05.2006

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