31.03.2006
[French history x]
Les lois ne sont pas faites pour le particulier, mais pour le général, ce qui les met dans une perpétuelle contradiction avec l’intérêt personnel, attendu que l’intérêt personnel l’est toujours avec l’intérêt général. Mais les lois, bonnes pour la société, sont très mauvaises pour l’individu qui la compose.
Sade, la Philosophie dans le boudoir.
Quelqu'un a besoin de sauver la France de son malaise.
le New York Times
Il est bon de percevoir une voix quelque peu lucide dans tout le chaos infectant les rues ou dans le bordel médiatique qui va avec. Comme il le fut rappelé sur un forum, « ces fumistes partis du quartier Latin en 1968. Pourquoi donc ? Pour faire la révolution ? Pour bâtir un monde meilleur ? Que nenni : pour obtenir la mixité des dortoirs. » Mai 68 est le fait de quelques imbéciles désirant s’envoyer plus facilement en l’air. Comprenez, tout comme aujourd’hui, les bourgeois scandèrent l’amélioration de leur condition tout en se construisant une crédibilité d’égalitaristes. Et on manifesta avec le livre rouge de Mao tout comme on manifeste aujourd’hui avec le Code du travail bien dans la pogne.
« En Amérique, vous êtes licenciés, alors vous devez trouver un autre travail, l’économie est flexible. Ces gosses français qui pensent qu'ils peuvent avoir un emploi à vie, je ne sais pas ce qu'ils fument ou sur quelle planète ils vivent. » Peut-être est-ce que je viens de citer le mauvais exemple. Les Etats-Unis sont, je l’oubliais, l'« une des pires merdes de toute l'histoire », alors que les voix qui se sont élevées en protestation à la mauvaise gestion américaine de Katrina se sont éteintes bien sagement en novembre dernier. Pourtant l’une des solutions les plus reconnues des économistes actuels, les libéraux et leurs opposants, est effectivement la flexibilisation de l’emploi, mais dans notre pays, les acquis sociaux, les 35 heures, les syndicats ou l’investissement peu poussé dans les langues étrangères sont autant de facteurs maintenant le chômage à des taux comme ceux d’aujourd’hui. A moins qu'à présent le problème à résoudre ne soit plus le chômage. L'armée industrielle de réserve à de beaux jours devant elle.
On peut même rencontrer les pires mépris du bon sens : « J’ai lu que certains en venaient à faire l'apologie de la répression policière, c'est révoltant quand on sait que les CRS sont restés froidement immobiles face aux attaques de voyous sur les manifestants », c’est-à-dire qu’aujourd’hui les forces de l’ordre n’ont plus pour fonction celle qui leur était à l’origine assignée, je veux dire réprimer, oui, réprimer les débordements, ramener l’ordre, maintenir la paix civile. Les flics font partie du décor, un point c’est tout. Leur présence, si elle n’est plus connectable à une quelconque potentielle répression des désordres publics, serait-elle alors juste préventive, de l’ordre du simple signe ? Il est évident que non, puisque leur présence physique n’empêche pas les « attaques de voyous sur les manifestants ». Et si les CRS étaient effectivement intervenus pour stopper cette esquisse de bolossage, les manifestants auraient-ils été satisfaits de cette action, hum ? Aujourd’hui le bobo interdit aux flics d’exister.
Il y a un instant où le symbolique et le verbal s’avouent inutiles et où l’Etat-nation doit employer la violence. Son fonctionnement en dépend. Aujourd’hui c’est la démocratie que l’on est en train d’exterminer, au moyen des plus imbéciles slogans que la matière grise ait su jusqu'à ce jour générer. L'épisode terminal de la France se consomme dans la destruction finale du langage.
09:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
30.03.2006
[Noosphère hertzienne]

Nous parlons pour remplir l’air. L’ozone a fui, alors nous remplissons de nos paroles ce néant dans lequel nous baignons tous. Ce monde devient irrespirable. Le discours des bloqueurs afterpunks pue le soufre et mes poumons ont du mal à se renouveler en oxygène. Et les corps blêmes évoluent dans le grand brouillard hertzien. Le réseau des médias est venu pallier l’insuffisance du tissu sociétal dans l’opération de contamination des consciences. TF1 et Skyrock n’ont pas fini d’envoyer le signal vidéodrome. Tout le monde aime ce foutu signal. Le processus viral n’a jamais baisé autant de neurones. Nos corps sont pénétrés par toute une série d’ondes les reconfigurant dans leur fonctionnalité et ainsi nous ne sommes plus que les supports d’une même pensée, les lecteurs d’une pensée formatée, collective. A l’échelle globale, tout s’unifie, s’homogénéise. Ce qui se fait autre, toute subversion, doit être récupéré pour être recodé. Car la Machine recode tout ce qui présente une anomalie, une déviance, elle efface les particularités, les accidents. La nouvelle chair dont nous sommes constitués n’est plus que l’appareil de lecture d’un ensemble de comportements et de paroles préenregistrés. Nous consommons la pensée, mais nous ne la produisons plus, ce qui initialise des tensions inflationnistes d’un nouveau type. Nous sommes des poupées de chair morte poussées à continuer à s’exprimer, inlassablement, comme si un fichier midi placé dans notre organisme rejouait le même discours échantillonné alors même que nos veines sont terriblement froides. Le dasein est la traduction existentielle de la pression exercée sur la touche play et les androïdes sociaux que nous sommes sont la réification de l’Eternel retour du Même. L’Autre a été rendu inattaquable par distanciation. L’Autre n’est plus qu’illusion. Alors on tourne en boucle. Nous parlons pour remplir l’air.
09:25 Publié dans Dans l'Interzone | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.03.2006
[Le point de vue étranger]
Voici quelques extraits d’un article écrit par Claire Berlinski et publié dans le Washington Post du dimanche 26 mars. Finalement cette journaliste arrive aux mêmes conclusions que ma petite personne : les étudiants ne sont qu’une bande de réactionnaires, originaires d’un milieu aisé, et cherchant à couler une réforme qui aurait pu profiter aux djeuns des cités. Car aux dernières nouvelles, ce sont bien ces derniers qui vivent dans la précarité. Etrange que l’on soit obligé d’aller faire un tour à l’étranger pour entendre la vérité quant aux événements vécus in situ. Voilà la définition de la précarité en France aujourd’hui : la possibilité d’être viré dans l’instant. La possibilité, seulement. C’est-à-dire que l’on est dans le domaine de la pure virtualité. De la pure spéculation. Ainsi, Claire Berlinski écrit que les émeutes de novembre et les manifestations actuelles sont opposées. Cela me semble être tout à fait vrai, mais si l’on accepte l’idée que ces deux événements sont les deux faces d’une même crise. Une crise structurelle. La France est partagée entre deux réalités qui se côtoient sans jamais se toucher réellement. Entre elles, la ligne de frictions ne demande qu’à s’actualiser pour de bon…
Last Saturday morning, needing help to move several heavy cartons of books from my apartment in central Paris to a storage room, I hired two movers and a van from the want ads. Students were in the streets protesting the Contrat de Premier Embauche (CPE) -- a law proposed to combat unemployment by giving employers more flexibility to fire young employees -- and the barricades and traffic diversions made our four-block drive into a half-hour ordeal. As we turned down one obstructed street after another, the movers -- both Arab immigrants -- became more and more incensed.”They're idiots,” said the driver, gesturing toward the ecstatic protesters. “Puppets for the socialists and the communists.” He pantomimed pulling the strings of a marionette.
"It's us they hurt," added the second man. By this he meant immigrants and their children, particularly the residents of France's suburban ghettos, where unemployment runs as high as 50 percent. And, of course, he was right, as everyone with even a rudimentary grasp of economics appreciates: If employers are unable to fire workers, they will be less likely to hire them. It is now almost impossible to fire an employee in France, a circumstance that disproportionately penalizes groups seen by employers as risky: minorities, inexperienced workers and those without elite educations, like the outraged man sitting beside me.
This is the second time in four months that France has been seized with violent protests. And in an important sense, these are counter-riots, since the goals of the privileged students conflict with those of the suburban rioters who took to the streets last November. The message of the suburban rioters: Things must change. The message of the students: Things must stay the same. In other words: Screw the immigrants.
(…)
The same question is now being raised in France: Who rules? This is the second time in 11 years that a popularly elected government here faces dismissal not from the voters, but from the streets. If this does not represent a direct challenge to the government's power, it is hard to know what would. Should the government fall, the question will have been answered.
And the answer will be the mob. As usual.
21:20 Publié dans Dans l'Interzone | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
[La voix du maître]
Le grands maître de la SF contemporaine Stanislas Lem, auteur de Solaris, est décédé à 84 ans lundi 27 mars en Pologne, son pays natal...
19:35 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
[Prise d’inconscience]
La France vibre dans l’inertie. Aucun flux ne passe plus. L’Occupation de ma fac continue. Elle m’offre un superbe échantillon de la réalité et toute une myriade de conclusions.
La politique n'est en fin de compte que la perpétuation par d'autres moyens de la « crise d'opposition » telle que l’a décrite la psychanalyse, ce stade où l’enfant dit « non » à tout va. Afin d’affirmer son existence. La négation est une forme d'affirmation de sa propre existence, puisqu’elle met à l’épreuve notre emprise sur le monde, mais en creux, en négatif. Au fond, tous ces petits nazillons de la pensée qui viennent condamner mes lignes de fuite trouvent dans cette pathétique réplique d’un Mai 68 déjà mené par la bourgeoisie une manière de trouver un petit sens à leur existence nombriliste.
StopCPE est une marque, tout autant que Nike ou Christian Dior, Lacoste ou Lonsdale. C’est donc avant tout un signal renvoyé par une communauté à elle-même. « Etre plus nombreuse, donc plus fière toujours, plus autosatisfaite, plus contente d’elle-même comme de l’univers. » La communauté a besoin de références, de références discriminatoires, pour se constituer, dans un mouvement contradictoire au concept même de « nation ». C’est le troupeau en chœur qui appelle à la mort de la démocratie. La nation et la démocratie sont de vilaines choses par lesquelles il est possible de se retrouver face à l’Autre, de se retrouver en contact avec une pensée différente, donc par nature nuisible, puisque pouvant nous remettre en question. Voilà pourquoi la démocratie est à abattre. Voilà pourquoi la pensée doit l’être également. Voilà pourquoi aujourd’hui l’obscurantisme et le fanatisme gagnent du terrain sur nos propres consciences.
Ou comment le communautarisme dans l’air du temps, tentative de prise de signification d’un atome en s’agrégeant à d’autres atomes, est un nouveau mode de consumérisme. Les émeutes de novembre étaient déjà sponsorisées par Lacoste. La machine capitaliste, dans son éternelle extension, dans son sempiternel jeu avec ses propres limites, les atteignant pour les repousser, a réussi à coder les flux mêmes de la Révolution. Ce n’est pas une remise en question du système, c’est au contraire sa légitimation. Ils l’aiment tellement qu’ils se la jouent réacs lorsqu’une réforme pointe le bout de son nez. Mai 68 était une ode à la consommation. Les bobos qui défilent dans les rues et bloquent les facultés aujourd’hui le font pour garder ce qu’ils possèdent. Se souviennent-ils de Proudhon ? Ils ne sont plus que des particules grégaires. Les agents inconscients d’un impérialisme se retournant contre lui-même.
Rien que le fait d’observer tout phénomène quantique l’amène à se modifier. Aujourd’hui ce sont les sociologues qui font la Révolution (alors que le terme le plus approprié serait Réaction) et donnent le mouvement aux masses sociales. Ils en ont marre d’observer la société, alors ils la manipulent. Ils n’ont pas encore leur licence, mais font de leurs modèles théoriques une utopie vers laquelle doit tendre le Réel.
La politique en France traverse une crise d’immaturité. A moins que ce soit une crise d’inadaptation avec les vraies problématiques, celles auxquelles nous devons effectivement répondre. Ce déni est au fond l’attitude la plus réactionnaire qui soit. En l’occurrence nous produisons de faux problèmes afin d’occulter les vrais. Nous nous cachons plus ou moins consciemment cet abîme auquel nous nous destinons.
Les moutons de Panurge croyaient peut-être atteindre la terre ferme…
19:10 Publié dans Dans l'Interzone | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
27.03.2006
[La naissance d’un totalitarisme du pauvre]
L’auteur des lignes suivantes, le brave Rémi qui se targue d'avoir un esprit critique (chose que je ne me permettrai jamais d'affirmer me concernant), appelle à la condamnation du capitalisme car, après tout, le combat contre le CPE n’est effectivement qu’un moment particulier d’un conflit plus large encore. Or dans toute cette immonde argumentation (dont l’objet initial devait être la justification du blocus comme forme légitime et efficiente de lutte contre le CPE), je ne trouve aucune ébauche d’un modèle économique de substitution au capitalisme, et un modèle un tant soit peu fonctionnel.
Voilà un aperçu pour une fois « construit » de la vision du monde qu’ont ces jeunes étudiants qui ont décidé à ma place que je ne devais pas aller en cours. Mes pensées tournent en boucle la même question comme conclusion : vais-je rater mes concours pour une utopie ?
J’ai lu que certains en venaient à faire l'apologie de la répression policière, c'est révoltant quand on sait que les CRS sont restés froidement immobiles face aux attaques de voyous sur les manifestants.
Pour beaucoup, il est temps de se réveiller et de regarder au-delà de son nombril, quoique la courbure cérébrale vous emporte vers une divagation mystique. Il est clair qu'avec le CNE, à présent le CPE et le contrat senior, ce gouvernement n'a d'autre but que de réduire à néant le CDI pour de pitoyables raisons de flexibilité. Mais pourquoi devrions-nous dire oui à une politique qui se place dans une perspective orientée : celle d'une minorité de la population (le patronat). Nous devons nous battre pour nos droits! Qui a permis l'avancée sociale au 20e siècle? ça n'a toujours été que la gauche! et même si sous de Gaulle il y a eu ceci ou cela, dans l'assemblée il y avait une gde partie de communistes. Ne nous leurrons pas, les pro-cpe (ce qui est fâcheusement synonyme d'opposant au blocage) sont favorables à l'injustice sociale. Ils soutiennent une politique qui entend fracturer les acquis sociaux durement acquis. Quant aux parvenus qui votent la droite, ils ne savent pas qu'en 36, si personne ne s'était mobilisé, ils n'auraient même pas l'argent de se payer des vacances. La droite est manipulée par le patronat et n'en a que faire du social et du culturel : opposons les goûts musicaux de Raffarin (Lorie) et ceux de Jack Lang (Barbara) : avouez que le fossé est abyssal.
Tout ce combat contre le CPE n'est que le reflet d'une jeunesse indignée par des politiciens très loin des réalités, qui vivent dans l'opulence et dans quelques palaces de la capitale : et qui y sont logés à nos frais : c'est répugnant.
Mais que dire des étudiants qui sont d'une veule passivité, à quémander un retour à leur quotidien, la politique ça n'est pas leur affaire. Et après ça ne vote pas aux élections, et on retrouve Le Pen au second tour : brillantissime.
Il faut condamner le capitalisme, ce qui ne veut pas dire opter pour le communisme (ex : je suis apolitique), parce que le capitalisme est un système qui écarte au maximum les valeurs humaines, pillant outrageusement les ressources naturelles des pays du Sud (Afrique et Amérique Latine), les condamnant au retard économique, exerçant une pression ignoble sur eux, et il y a plein d'enfants qui meurent : mais on s'en fiche : il faut retourner en cours et penser à s'acheter un jean Diesel avant d'aller au Myllenium rouler du cul sur un podium. (Par pitié, n'oubliez pas votre piercing phosphorescent sur le nombril).
Il faut dire NON, et je ne crois pas partir en digression, car le CPE c'est une mesure qui atteste de l'orientation trop connue (pour qui est un brin perspicace) de la droite!
Sont-ce les patrons qui sont exonérés de charges patronales?
- Ah oui tu as raison Rémi. Mais c'est pas grave, au fond, ça leur permettra d'arrondir leur fin de mois et d'envisager accessoirement une liposuccion fessière.
- Sont-ce les employés qui peuvent dégager sans pouvoir rétorquer?
- Oui c'est vrai Rémi, mais tu sais, c'est mieux que le chômage ou le CDD.
- Ben en fait, le chômage tu sais que tu es dans la merde, avec le CPE c'est le patron qui t'emmerde sans justifier sa démarche. Et puis le CDD, tu sais au moins quand tu dégages. Mais oui, il faut songer aux patrons qui ont besoin de faire marcher leur entreprise et de viser la flexibilité pour faire des économies d'échelle. Après tout, ne sont-ce pas quelques philanthropes qui, armés d'une glorieuse générosité, nous nourrissent... ils nous donnent du travail : c'est magnifique, pour peu qu'ils se résolvent à nous foutre à la porte à leur guise.
- Arrête Rémi, même qu'on m'a dit que c'étaient là deux ans de consolidation.
- Eh oui, tu sais, quand tu es incertain pour ton avenir et sous pression, tu es fortifié de l'intérieur et tu es pris d'une telle fougue productive, c'est foudroyant.
- Non, non et non, rémi tu déconnes, le patron, il vire pas comme ça ses employés, il n'est pas benêt.
-Ben oui ça tu as raison, il n'est pas benêt, il te vire dès lors qu'il doit payer des charges patronales. Et dès qu'il te vire, c'est nous qui payons les indemnités, nous contribuables. C'est merveilleux, je suis comblé.
- Arrête Rémi, tu me troubles.
- Et moi c'est ton manque d'esprit critique qui me laisse pantois.
- Mais à la fac, j'apprends tout par coeur, et puis le prof il me plaît. Et si je tombe à l'oral avec lui, je lui ferai du pied. Sans lui, je suis perdue. Je trouve que j'ai le droit d'étudier si je le veux, c'est "une atteinte à ma liberté personnelle" (j'ai recopié en rouge cette phrase dans mon petit carnet). Sans prof je ne sais pas moi.
- tu as raison, tu ne sais vraiment pas.
20:44 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
26.03.2006
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C’est fait. Je l’attendais et cela est à présent dispo à l’AFP (merci MSN) : « La coordination nationale étudiante a demandé dimanche la démission du gouvernement de Dominique de Villepin en plus du retrait du CPE, à l'issue d'une réunion de deux jours à Aix-en-Provence. » On vient de passer la vitesse supérieure. Implicite jusqu’alors, la véritable revendication vient d’être formulée. La lutte contre le CPE n’aura été en fin de compte qu’un moyen comme un autre, et le CPE, conséquemment, qu’un simple problème de fond.
19:36 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
[Catastrophe générale]
L’Empire du Bien triomphe : il est urgent de le saboter.
Notre monde se résume à notre nombril. Notre conscience ne s’ouvre qu’à ce qui est susceptible de la faire jouir. Finalement, lorsque l’ensemble n’est plus animé d’une réelle volonté de dépassement de soi, alors il revient à sa forme originelle, c’est-à-dire à une poignée de virtualités. Implosion, à l’image des supernovae : l’objet ayant saturé ses ressources, il implose sous son propre poids. Lorsque notre nation prendra conscience que sa seule réalité n’est qu’une série de simulacres et d’illusions accumulés avec ivresse, que plus aucun lien ne la raccroche au Réel, ce sera à l’instant même où la chute devient collision, le moment singulier où s’actualisent toutes les forces accumulées depuis plusieurs décennies, voire plusieurs siècles. Pour l’heure, nous sommes toujours dans l’extase de la simulation, alors même que les images de notre propre perte commencent à nous parvenir.
Je découvre Philippe Muray quelques semaines après sa mort. En retard, donc. Maintenant que sa voix s’est éteinte, les événements se réagencent pour donner raison à sa pensée. Je vais lire dans l’urgence l’Empire du Bien et quelques Exorcismes spirituels, histoire de me faire une idée du personnage et sûrement trouver nombre d’éléments en résonance avec ma perception des choses.
Quant aux paranoïaques qui voient depuis quelques mois s’initialiser une petite guerre civile (« Novembre n’était qu’un prolégomène, voici le premier acte », dixit l’exilé), je croise les doigts pour que leur réalité à petite échelle ne s’avère être une vision juste des processus à l’œuvre.
12:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25.03.2006
[Perception vespérale]
Prose de l’inconscient, chaos d’images cryptées,
Les songes se décomposaient en inéquations
Et on en recherchait le décodage intégral,
Enivrés par la clarté de ces brèves séquences.
16:59 Publié dans Poésie d'asphalte | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.03.2006
[Abre los ojos]
Je suis connecté au bruit-fureur de ce monde et mon organisme connaît une forme naissante de rejet. Les nerfs brûlent au contact des images absorbées. C'est un rejet profond, au-delà de la simple réaction biologique ou mentale, une rupture ontologique, comme si ce qui me définissait était déphasé avec ce chaos en prolifération permanente, marquant ainsi une relation incompossible entre nos deux réalités.
Il me semble que cette aire géographique que l’on nomme France n’est plus qu’une surface pourrissante, un réseau inactif de relations humaines, une machine politique en panne, un trou béant aspirant la pensée, une série ininterrompue de plusieurs dizaines de millions d’égoïstes. Notre cul est tout bien chauffé par les acquis sociaux, mais il nous en faut encore plus. Nous avons un toit, mais notre existence n’est rien sans iPod. Nous avons un accès quotidien à l'eau potable, oh oui, mais notre seule espérance est de voir couler des rivières de foutre. On se bat contre une précarité, alors qu’il suffit d’aller faire un tour à côté de Paris ville-lumière, dans le 9-3, expérimenter en réel la précarité à grande échelle, la seule vraie précarité qui ronge notre nation. Le béton de la précarité. France, tu ne peux espérer remporter ce défi qu’est ton propre surgissement tant que tu te refuses à combattre ces maux que tu portes en toi. Et que tu néantises. Rejettes en un fabuleux mouvement de déni de réalité. Et dont tu refiles la responsabilité aux éternels boucs émissaires. Ces maux te feront crever.
Je suis connecté au bruit-fureur de ce monde et mon organisme connaît une forme naissante de rejet. Quant à la pensée de tous ces imbéciles qui se disent être mes frères, qui m’affirment que je suis leur égal, que nous sommes tous libres : elle est, elle, déjà déconnectée depuis bien trop longtemps du Réel.
21:15 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note


