30.03.2006

[Noosphère hertzienne]

       Nous parlons pour remplir l’air. L’ozone a fui, alors nous remplissons de nos paroles ce néant dans lequel nous baignons tous. Ce monde devient irrespirable. Le discours des bloqueurs afterpunks pue le soufre et mes poumons ont du mal à se renouveler en oxygène. Et les corps blêmes évoluent dans le grand brouillard hertzien. Le réseau des médias est venu pallier l’insuffisance du tissu sociétal dans l’opération de contamination des consciences. TF1 et Skyrock n’ont pas fini d’envoyer le signal vidéodrome. Tout le monde aime ce foutu signal. Le processus viral n’a jamais baisé autant de neurones. Nos corps sont pénétrés par toute une série d’ondes les reconfigurant dans leur fonctionnalité et ainsi nous ne sommes plus que les supports d’une même pensée, les lecteurs d’une pensée formatée, collective. A l’échelle globale, tout s’unifie, s’homogénéise. Ce qui se fait autre, toute subversion, doit être récupéré pour être recodé. Car la Machine recode tout ce qui présente une anomalie, une déviance, elle efface les particularités, les accidents. La nouvelle chair dont nous sommes constitués n’est plus que l’appareil de lecture d’un ensemble de comportements et de paroles préenregistrés. Nous consommons la pensée, mais nous ne la produisons plus, ce qui initialise des tensions inflationnistes d’un nouveau type. Nous sommes des poupées de chair morte poussées à continuer à s’exprimer, inlassablement, comme si un fichier midi placé dans notre organisme rejouait le même discours échantillonné alors même que nos veines sont terriblement froides. Le dasein est la traduction existentielle de la pression exercée sur la touche play et les androïdes sociaux que nous sommes sont la réification de l’Eternel retour du Même. L’Autre a été rendu inattaquable par distanciation. L’Autre n’est plus qu’illusion. Alors on tourne en boucle. Nous parlons pour remplir l’air.

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