16.03.2006

[Masse critique]

       Ray Bradbury, sûrement inspiré par les autodafés nazis, anticipait la mort de la littérature en l’imaginant crouler sous les coups de la répression. Or cela n’en a aucunement été le cas. Comme je pense en ce qui concerne toute forme d’Art, la littérature s’est anéantie par elle-même, et non pas en disparaissant, mais au contraire en pullulant. Et le cadavre continue de s’étendre, en emportant avec lui la pensée, en nouant avec elle une relation vampirique. Il n’en est plus une forme positive de support, mais au contraire un poids, un vecteur négatif. De support de la pensée, le livre en est devenu un trou noir. Voilà ce qu’est la littérature au tout début du vingt-et-unième siècle, un immense charnier de la pensée où viennent s’agglomérer tous les déchets qu’elle est à même de produire. Un trou noir donc.
       Tout phénomène s’amplifie jusqu’à écrouler sous sa propre masse, jusqu’à ce qu’il atteigne la masse critique. La littérature a atteint cette masse critique. Elle l’a atteinte, mais quelques zones résistantes en son sein demeurent. Elles viennent en contre-courant d’un Choc dont personne n’a pour l’heure véritablement ressenti les effets. Comme si la perception des événements était retardée, ou qu’un formidable déni de la réalité s’est opéré au niveau inconscient collectif. Toute l’énergie potentielle accumulée durant la chute s’est déchargée en balayant tout sur son passage. Elle s’est actualisée mais nous n’en avons encore pris conscience. Nous sommes branchés sur une Matrice simulatrice, placés dans des caissons cryogéniques, ce que vous voulez. Mais nous sommes coupés de toute réalité. Nous sommes en semi-vie.

Commentaires

C'est sans doute vrai de la littérature française, mais d'autres "moins" cultivés continuent de la faire vivre, cf. Ellis, Roth, Ellroy... Cet avis n'engage que moi bien sûr.

Ecrit par : z. | 18.03.2006

… Alors nous avons je pense le même avis. De quelles « zones résistantes » je parle dans mon post ? Cette littérature que je prends pour cible, il s’agit bien sûr essentiellement de la littérature européenne, et plus particulièrement de sa composante française. Mes lectures question romans contemporains se résument à du Pynchon, du Ballard, du Burroughs, du Dick, du DeLillo, etc., c’est-à-dire principalement les auteurs américains les plus à contre-courant. J’adore lire Ellroy. J’ai découvert Ellis trop récemment pour pouvoir réellement déterminer son impact sur ma propre conscience. Quant à (Philip ?) Roth, je ne le connais pour l’heure que de nom. La France, elle, n’offre comme auteurs que des produits marketés à mort, des produits jetables, ou bien des réactionnaires qui se masturbent les neurones, des académiciens pour qui l’inertie et l’invariance sont la définition de la littérature. Entre les deux, en France, c’est le grand néant. A mes yeux, Ellroy et Ellis sont bien plus cultivés que tous les écrivains de Paris et sa province.

Ecrit par : skam | 18.03.2006

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