11.03.2006

[L'état des stocks]

       Il n’est pas étonnant qu’avec la Deuxième Guerre mondiale, la liquidation et finalement la disparition de l’Humanité se sont doublées de l’autodestruction et de l’anéantissement de toute forme d’Art. L’espace a été énucléé de toute présence. Zilch, zero, nought, nothing, vacuum. La littérature est morte. Il n’est pourtant plus désormais question de déterminer quelles sont les causes. Les auteurs de ce lynchage n’ont aucune identité trouble. Ils ont opéré à la lumière cathodique, sous les yeux de chacun. Pourtant l’image s’est retrouvée absorbée par la surface rétinienne sans qu’aucune fonctionnalité propre à un organisme vivant n’en réalise le traitement douloureux qu’est la conceptualisation. Des structuralistes et imposteurs corrompus du nouveau roman à la génération actuelle d’icônes télévisuels trouvant le contenu de leurs déjections littéraires dans un délire porno visqueux que leur surmoi atrophié n’arrive plus à contenir, leurs noms passent en boucle sur nos écrans avant d’essuyer les affres de l’oubli collectif. La chair est morte, alors on l’érotise. Il n’est plus question de déterminer les causes, mais il est toujours viable de continuer la dissection, l’observation in situ du processus de putréfaction. Lunar Park et Villa Vortex sont à ce titre deux magnifiques livres-cadavres. Le corps mort de la littérature devient son propre objet. Les écrivains opérant à même cette chair butent sur la dimension paradoxale de leur existence. Les prochaines expériences littéraires auraient intérêt à s’approprier la scène du crime comme espace de narration, à objectiver le corps pourrissant afin de réaliser en son sein sa résurrection. Il y a comme là une condition nécessaire mais non suffisante d’acceptation de la réalité pour initialiser l’épisode transcendantal de toute renaissance. Pour l’heure, les livres ne sont plus que des sécrétions rances de muqueuses.

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