27.10.2005
[Autopsie de Lee Oswald]
Voulez-vous que je vous dise ce qu’est Dallas ? C’est la ville qui prouve sans l’ombre d’un doute que Dieu est vraiment mort.
Don DeLillo, Libra.
Les pages de ce livre résonnent encore en moi chargées d’une lourde densité. Encore une fois, je déplore l’état de décomposition extrêmement avancé de la littérature française, devancée par sa consoeur d'outre-Atlantique. Après avoir consommé durant les vacances l’imposant et délirant American Tabloid d’Ellroy, je découvre une tout aussi hallucinante vision des circonstances du meurtre de JFK. J’ai déjà perçu la fascination de DeLillo pour cet événement : dans Outremonde, l’attentat se présentait sous sa forme vidéo, de par sa réification en images et son immortalisation syntaxique opérées par Zapruder, et se trouvait analysé, manipulé, mis en boucle. Dans Libra, l’histoire retrouve sa dimension purement chaotique et se résume à une suite de micro-événements aléatoires, ces intensités amorties, vaines révoltes, qui structurent la vie morne de Lee Oswald. La course d’Oswald ne pouvait que l’amener au 22 novembre 1963. Aucune ligne de fuite. Cette étrange biographie lui excise toute réelle implication dans l’attentat et lui confère un statut passif proche de celui d’un téléspectateur témoin de la seule retransmission hertzienne des métamorphoses du monde. Oswald, anti-héros attachant par son humanité, semble plus déterminé par les événements qu’il n’en détermine. La texture littéraire du livre est à elle seule une source de séduction, paramétrée par le style si particulier de DeLillo. Je pense que l’on peut parler de beauté concernant cet immense bruit blanc exposé par Libra.
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