13.10.2005
[Les mailles du réseau]
De la Toile ne nous parviennent que de faibles murmures. Et encore. Ce qui est proche du surgissement, c’est le son aigre et lourd du silence infini, celui de l’humanité prenant conscience du gouffre qui la sépare d’elle-même. Ce sépulcral bruit de fond m’exaspère et mes yeux sont lassés de cette prose du pauvre. Internet est au sens deleuzien du terme un rhizome, mais complètement rongé par l’entropie de la non-conscience, un chaos en constante progression submergeant par saturation ses plus prometteurs éclats. Il constitue à la fois une survivance du Verbe et l’agent hostile qui élabore tranquillement sa disparition. L’exercice de cartographie des limbes virtuels du réseau n’offre l’image que d’un univers semblable au nôtre, Univers s’étiolant pour retrouver la froideur du néant. Ce n’est pas seulement une odeur de brûlé que notre odorat perçoit, les miasmes que l’on identifie sont ceux du corps en décomposition de notre réalité et de son appendice virtuel surplié en son sein. La post-humanité blogue en crevant.
Le stalker poursuit impulsé par son instinct de prédation l’exploration méthodique de la Zone, traçant dans son mouvement même une nouvelle ligne sur la carte d’Internet. Mais là, la persistance de cette (télé)impression sur mon écran est plus accentuée. Le stalker sort des sentiers battus des terres numériques. Il a compris un certain nombre de choses. Le livre est avant tout un support, et pas seulement dans la seule acception matérielle, un véhicule pour le langage. Mais aujourd’hui l’hypertextualité offre une dimension supplémentaire à la retranscription de la pensée. Pourtant cette dimension, personne n’en a jamais réellement mis à jour les potentialités. Le surf ne se pratique finalement que sur une surface tristement plate. Rien sur le Net ne s’est élevé. Tout ce qui tente de s’y dresser n’est que néant et simulacres. La non-réalité du virtuel simule la réalité du réel. Déconnectez-vous.
18:55 Publié dans Exercices négatifs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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