29.09.2005

[Première cartographie de l'espace littéraire]

       La définition de la littérature se heurte chez moi à l’impossibilité de se conceptualiser. Un certain nombre de mots s’avancent timidement pour tenter de répondre à cette problématique qui me cancérise nerveusement. Se forme néanmoins dans mes neurones la certitude qu’elle ne peut aucunement être réduite à sa seule dimension spectaculaire. Aujourd’hui un artiste ne se considère et n’est considéré plus que comme un intermittent du spectacle, cette idée soulignant tout de même la nécessité vitale chez lui de trouver un public, de générer une masse pour consommer ce qu’il produit, donc en fin de compte de se prostituer. Je ne remets aucunement en cause la réalité de l’économie, des contraintes qu’elle impose, au contraire, l’art s’est depuis toujours joué des obstacles, ces derniers catalysant le processus de création suivant quelque paradoxe qui lui est substantiel. La machine capitaliste est encline à gonfler le vecteur d’expansion de la culture. Les liens établis entre l’artiste et sa création ne relèvent pas essentiellement de la survie quotidienne, celle à laquelle nous sommes confrontés quotidiennement et qui nous fait interroger sur la manière optimale d’utiliser nos ressources pour subvenir à nos besoins. En fait, l’artiste est expulsé de sa propre existence ; ce qu’il crée le fait s’éloigner de la vie. Il est question ici d’une survie ontologique, bien plus complexe que l’agencement des possibles opéré en vue d’assurer un confort biologique ou certains équilibres psychologiques. Ici, le langage est une pulsion. La littérature n’est que l’expression de celle-ci et n’est divertissement que par souci de subsistance, de continuation d’émission. C’est cette pulsion d'écrire qui se trouve au centre de mes préoccupations.

[Décomposition des moeurs]

       La violence se décharge en fractales
       Traçant nette la ligne de fuite et incisant
       En télescopage trash les images fluides
       Tout s’essouffle fleur et se laisse ronger
       Les réalités se court-circuitent brutales
       Se rencontrent en points de jonction
       Chair brûlée étalée nue et photographiée
       Les corps se crashent en série se calcinent

28.09.2005

[Brotherhood of the bomb]

       La réaction ne se fait pas attendre. Il suffit d’appuyer sur play et un gros beat hardcore vient éclater nos oreilles. La ligne de conduite à suivre est de ne SURTOUT pas exposer vos oreilles directement. L’usage du baladeur est à éviter. Cet album des Techno Animal sorti fin 2001 et que je viens à peine de découvrir déploie la lourde artillerie depuis un espace sonore coincé entre l’indus, l’electro, le dub et le hip hop. Ce véritable brûlot fait passer les punks et autres metalleux pour une bande de guignols décervelés à la solde de la société de consommation. A partir de là, on franchit la ligne de combat.
       Avec The Brotherhood Of The Bomb, la musique est réduite à sa plus pure animalité, la pulsion d’ultraviolence libérée de tout surmoi. Les douze tracks formant l’architecture baroque de ce missile donnent effectivement l’impression d’expérimenter une froide paranoïa entrecoupée de phases d’hystéries, les raps terroristes et les grosses basses assourdissantes venant électrocuter en haute intensité votre cerveau, à l’image du refrain de « DC 10 » où les éléments humains et électroniques atteignent en quelques dixièmes de seconde un extatique point de stridence. L’atmosphère est définitivement tendue et chaque échappée de beats joue avec nos nerfs. En quelques secondes la texture industrielle et les réminiscences brutes d’usines dressent un décor de béton armé, celui d’une ville en proie à une guérilla totale. Et durant une heure, c’est la plongée en apnée dans le chaos conurbain.
       Justin Broadrick et Kevin Martin nous offrent du Prodigy mais expurgé de toute velléité cheap. La production fait ainsi penser à du Public Enemy ralenti et gonflé aux hormones, voire tout simplement au Analog Worms Attack du frenchy Mr Oizo, qui en toute logique réalisa d’ailleurs quelques remixes pour le groupe. L’univers urbain émergeant de l’instrumental se résume à une continuelle saturation. Le disque n’évite pas de cette manière les dommages collatéraux. Quelques facilités et finalement l’usage des mêmes procédés lassent assez facilement. Ce sont les passages fortement vocalisés qui se révèlent les plus aptes à procurer de l’adrénaline. Les guests sont à ce titre l’occasion de faire surgir d’impressionnants moments : Sonic Sum, El-P et son poulain Vast Aire, les excellents Antipop Consortium, etc. Loin d’être parfait, The Brotherhood Of The Bomb constitue néanmoins un très bon disque. A écouter lorsque vous sentez qu’une petite catharsis vous ferait du bien.

26.09.2005

[Rentrée]

       La tête encore tout embuée des images oniriques, je suis retourné un peu chancelant goûter à la tiédeur sèche des amphithéâtres, suivre des cours au contenu défectueux, écouter des discours à n’en plus finir, observer la dégaine des imbéciles qui les commettent. L’Université est en pleine déchéance, ayant adopté pour seule fonction celle d’être une usine de diplômes distribués à la chaîne sans réellement assurer une survie professionnelle à leurs destinataires. S’est instituée une sorte de déclin où la pensée chuta comme un thermomètre à l’approche de l’hiver. On vit une petite période sombre où plus rien ne bouge vraiment, où même plus rien ne réagit au contact de la jeunesse, chaque génération s'enfonçant toujours un peu plus dans sa propre médiocrité. Les kids rempilent chaque soir pour de nouvelles beuveries. Certains étudiants s’interrogent plus que la moyenne et se construisent une petite subculture histoire de sauver l’utopique exception culturelle française. Et ça s’arrête là. Les profs récitent leurs cours alternant l’abscons, l’inutile et le chiant, ou associant ces trois tendances de fond suivant diverses combinaisons tout aussi jubilatoires. Derrière cette simulation d’un quelque chose peu identifiable, les têtes encore munies de neurones ne découvrent naturellement que le vide sans oxygène du néant devenu définitivement entropie de l’intellect, preuve que les instances même d’enseignement, de formation, sont touchées par l’hiver nucléaire de la pensée, celui qui phagocyte tout doucement l'Occident.
       Je retrouve donc l’herbe fraîche du campus dijonnais, en mode basse intensité, avec en gros trois quatre heures de cours par jour. Cette première journée d’un nouveau semestre prend rapidement la texture d’un bad trip bien salé avec un accident, une fille sévèrement blessée par un bus, son corps projeté et gravement meurtri (os du rocher durement touché) en périphérie du territoire universitaire. Depuis quelques temps, le réseau de transport de Dijon, devenu un chaos généralisé sous l’impulsion du maire, clone en modèle réduit de Delanoë, aligne en série les victimes, jouant grandeur nature des scènes inédites de Crash.

[Ciel de fond]

       La nuit, sève en mouvement, coule dans mes yeux,
       M’embrouille avec des chiffres et rêves codés,
       Images mortes sans existence prenant
       Racine dans l’oubli en étoiles filantes.

24.09.2005

[Fragment de requiem]

       Passer l’hiver en enfer, là où subsiste encore
       De la chaleur, loin des artères bouchées des villes,
       Ne plus s’épancher dans la lourde et fausse allégresse
       Des civilisations au bord de l’implosion brute,
       Et recevoir les dernières bribes des voix mortes
       Tout en foulant nostalgique les souvenirs et
       La neige cendrée des corps en décomposition
       Sans y trouver un quelconque embryon d’avenir.

23.09.2005

[Introduction]

       Voilà, je lance mon blog. Quelques opérations composées de clics épars eurent raison de ma réticence à son égard. Il y avait en effet chez moi jusqu’à présent une certaine contre-intensité mettant en stand-by ma volonté de mettre en ligne un journal théorique. Maintenant que le mal est fait, je vais pouvoir aller jusqu’au bout du concept, peut-être même l’explorer au-delà de tout ce que j’imagine pouvoir en faire, alors que les raisons qui m’ont conduit à l’actualiser restent encore dans leur majorité bien obscures, en partie submergées dans mon petit inconscient. Ou peut-être stopper ce massacre, museler mon exhibitionnisme fort particulier, oui je le peux tout aussi bien, car comme tout blog qui se respecte, le mien ne doit souffrir d’aucune contrainte, ni même celle d’une extension quasi cancéreuse.

       Parcourir depuis quelques jours le blog du Stalker, disséquer et lentement digérer ce qu’il a réussi à en faire, puis tomber sur celui assez sympathique d’un anonyme ont été deux petits micro-événements qui m’ont définitivement convaincu de balancer le mien sur la Matrice, quitte à aggraver la situation. Voici donc la première pierre à un édifice ubuesque, salement égocentrique, une véritable machine paranoïaque en actualisation permanente.

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